23 — 26.05
Louis Vanhaverbeke Gand
Tractor Rapsodie
performance — premiere
| Néerlandais → FR, EN | ⧖ ±1h | €16 / €13
Sur les terres du paysan en devenir Louis Vanhaverbeke, la frontière entre agriculture et performance s'estompe. Dans Tractor Rapsodie, l’artiste explore son propre retour à la terre après une période de bouleversement mental, cherchant un point d’ancrage dans le labeur physique et les cycles du sol. Semer, récolter, composter : autant de gestes qui redonnent au temps une dimension tangible.
À travers des chants, des actions et des machines se déploie un autoportrait vulnérable. Seul en scène, Vanhaverbeke dévoile ce fragile équilibre entre le mental et la terre profonde, entre l'injonction de faire partie de la norme et l'obstination à s'en écarter. Ce qui commence comme une tentative de s'enraciner à nouveau se mue en une une réflexion sur le travail, la résilience et le désir de suivre son propre rythme. Sur scène, les engins agricoles deviennent de véritables partenaires de jeu : leur vrombissement, leur poids et leurs mouvements dictent la cadence et brisent l'image romantique de la campagne.
Tractor Rapsodie est une ode brute à la lenteur, où l'ancrage n'a rien d'un concept éthéré mais s'impose comme un processus physique et vital. Dans un cycle perpétuel de perte et de renouveau, ce spectacle invite le public à se calquer sur le tempo de la terre, là où l'histoire, le labeur et la vie ne cessent de s’entrelacer.
Entretien avec Louis Vanhaverbeke
Votre dernier spectacle au Kunstenfestivaldesarts,
Mikado Remix, remonte à 2018. Puis, vous avez disparu de la scène pendant un certain temps. Peut-on vous demander ce qui s’est passé au cours de cette période ?
Après Mikado Remix, j’ai connu une phase très difficile de ma vie. Nous étions sur le point d’entamer une grande tournée, mais j’ai dû l’annuler. Ce n’était pas une décision facile à prendre, mais c’était une pause nécessaire, parce que ce n’était tout simplement plus possible. J’ai vécu différentes périodes de détresse mentale, avec plusieurs hospitalisations en psychiatrie. Il m’a fallu des années pour retrouver une sorte d’équilibre, pour sentir à nouveau le sol sous mes pieds.
La pandémie n’a pas vraiment facilité ce processus, bien au contraire. Pour quelqu’un comme moi, qui suis assez sensible aux stimuli et aux atmosphères, cette période s’est révélée plus déstabilisante qu’apaisante. Ce que certain·es ont pu vivre comme une pause m’a plutôt semblé être le prolongement d’une quête déjà longue et parfois solitaire. Une sorte d’odyssée, avec des détours, des rechutes, de petites avancées, mais surtout : une lente et laborieuse recherche de repères.
Comment avez-vous fini par vous tourner vers l’agriculture ?
Cela s’est fait de manière très organique. Pendant cette période, j’ai commencé à beaucoup me promener dans la nature. J’ai remarqué que les espaces verts m’offraient une sorte de sécurité, un endroit où je pouvais « être » sans forcément devoir « faire » quoi que ce soit. Là, parmi les plantes et les saisons qui se succèdent, je sentais moins de pression, je respirais mieux.
C’est au fil de ces errances que je me suis retrouvé dans une ferme biodynamique. Ce qui m’a immédiatement frappé dans ce lieu, c’est qu’il est possible d’être actif dans un environnement qui ne travaille pas contre vous, mais qui bouge avec vous. L’idée qu’on puisse traiter la terre de manière bienveillante, presque réciproque, m’a profondément touché.
Je me suis de plus en plus intéressé à ce domaine. D’abord à travers une formation en herboristerie, puis en agriculture biodynamique. À un moment donné, j’ai même envisagé de radicalement changer de carrière. J’éprouvais un besoin immense de faire quelque chose de concret, de tangible : un travail manuel, où le temps n’est pas une abstraction, mais perceptible par ce qui germe, pousse, ralentit, échoue et recommence.
L’ensemble du processus – semer, entretenir, attendre – et cette conscience que l’agriculture est aussi une forme d’attention, une manière d’être présent·e m’ont véritablement captivé.
Comment avez-vous retrouvé le chemin des arts à partir de là ?
En fait, ce chemin s’est à nouveau présenté à moi de lui-même, sans que je le cherche sciemment. Pendant que je travaillais dans les champs, ce qui est souvent une activité répétitive, parfois pénible, mais aussi rythmée et méditative, j’ai observé que quelque chose commençait à changer. Des images, des pensées, des mélodies refaisaient soudain surface au cours de ce travail répétitif et au contact de la terre.
Il y avait des moments de pur émerveillement : voir quelque chose germer et puis pousser, sans rien pouvoir forcer. Ces processus naturels ont ravivé mon imagination, comme si la créativité n’était pas partie, mais attendait quelque part sous la surface.
En travaillant la terre, des chansons ont commencé à surgir spontanément ; des bribes de texte, des rythmes qui s’associaient aux mouvements du corps, au tempo du travail. Il ne s’agissait pas d’un retour conscient à l’art, mais plutôt de quelque chose qui s’imposait à nouveau.
Je dis parfois : je ne suis pas un bon agriculteur, et peut-être pas un bon artiste non plus. Mais je suis quelqu’un qui se laisse emporter par la fascination et l’admiration. Quelqu’un qui essaie de suivre l’énergie là où elle circule. Et à un moment donné, cette énergie m’a redirigé vers la scène.
Tractor Rapsodie en est le résultat : un lieu où ces deux mondes ne s’excluent pas mutuellement, mais se confondent. Où la tête et la terre tentent prudemment de se retrouver.
- Entretien réalisé par Dries Douibi, avril 2026
- Traduit par Isabelle Grynberg
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Cycles de vie
De la fécondation à la floraison, naissance et vie, vivre de tout, mourir à la fin.
Recommencer, un cycle de plus.
Le temps – tic-tac – continue.
Naissance au printemps,
de la nature.
Pousser et fleurir,
remontée des températures.
L’automne, le déclin,
les feuilles tombent.
Le lâcher-prise hivernal,
mon nadir, ma combe.
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Mise à la terre
Iels disent : « profonde inspiration,
laisse les pensées devenir nuages.
Concentre-toi sur la respiration,
laisse se reposer tes méninges.
Laisse le tout couler,
suis les sensations jusque dans la terre.
Laisse tes pieds s’enraciner,
jusqu’à trouver la paix, dans la terre. »
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Bon sens
Obéir à la masse…
Apparemment, on n’y échappe pas.
Je me sens mieux à la marge,
à la campagne, en tout cas.
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Isolement
L’artiste ou le maraîcher ?
Deux personnages, deux symboles.
En effet, tous deux peuvent illustrer
ce qu’est se battre contre de moulins.
En tant que maraîcher, je cultive des aliments,
la base de notre existence.
En tant qu’artiste je brasse de l’air,
c’est sans importance, concrètement.
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Si la valeur est livrée en pâture,
pourquoi ne pas
voir les arts et l’agriculture
comme mon hymne ?
Je veux continuer à travailler
en mesures de surface et en heures,
pour que l’envie de créer
toujours en moi demeure.
Le fermier, lui, a continué
son champ, son labeur, son esprit.
J’ai beaucoup appris de ce métier
qui m’a ragaillardi.
Force ne doit pas être brutalité
mais douceur, préférablement.
L’art du maraîchage est par conséquent,
ce que j’essaie de combiner.
Patates
Dans les champs et la tête, pesticides.
Oui oui, il faut que ce soit toujours plus rapide.
Traitements, herbicides, la même chanson :
« Efficacité dans la logique de production. »
Sortir de cette logique,
c’est recevoir le label « adapte-toi ».
Pssht, arrose, car chez moi
toutes les plantes doivent être identiques.
Un écosystème mérite mieux
que la même chose à chaque fois.
Supprimer ce qui sort du rang,
monoculture pour moi et les champs.
Si je ne cultive pas comme je veux,
pris dans cet étau,
je dis « laisse, je choisis la variété,
pas de patates à l’unique identité ».
Ce que nous gobons dans l’esprit,
ce que nous pulvérisons, c’est inouï !
Empoisonnement collectif, mort en silence
alors que le marché promettait l’excellence.
Pulvérise à fond, aucune brindille ne réagit.
Pas de pensée rebelle, de refus de l’esprit.
Pour ce qui sort du rang, pilules et poison,
ainsi les champs et les gens obéiront.
- Extraits du livret de Tractor Rapsodie
- Traduit par Diane Van Hauwaert
23.05
- 18:00
24.05
- 15:00
25.05
- 20:00
26.05
- 13:30
- 20:00
Présentation : Kunstenfestivaldesarts, De Kriekelaar
Par et avec : Louis Vanhaverbeke | Scénographie et machinerie : Simon Van Den Abeele | Dramaturgie : Dries Douibi | Technique : Freek Willems | Assistance technique : Bart Huybrechts | Coaching vocal : Miriam Matthys | Production et coordination technique : Eva Bracke | Remerciements : Bauke Lievens, Merel Van De Gehuchte, Lars Schmidt, Maarten Van Ingelgem
Production : LOD Muziektheater
Avec le soutien de CAMPO, VIERNULVIER, Rif, weder | Avec le soutien financier du gouvernement flamand