14.05, 16.05, 19 — 21.05, 24.05, 25.05, 28 — 30.05

Jozef Wouters, Decoratelier Bruxelles

The Latecomers

théâtre — premiere

Decoratelier

Accessible pour des personnes en chaise roulante avec assistanceAssises sans dossiers | Anglais, Français, Néerlandais → NL, FR, EN | ⧖ +-1h35 | €18 / €15 | Circulation libre, spectacle debout avec un nombre limité de places assises

Decoratelier – un atelier de scénographes et d’artistes – est hébergé temporairement, avec le restaurant solidaire Cassonade, dans une usine désaffectée à Molenbeek, sur un sol très pollué. Une couche de béton empêche les hydrocarbures, substances chimiques et métaux lourds d’imprégner le quotidien des riverain·es. La commune de Molenbeek prévoit d’y aménager un parc en recouvrant le site d’une épaisse couche de terre saine : tout ce qui s’y crée aujourd’hui est donc destiné à être enseveli. Pour autant, l’histoire et les récits invisibles du lieu disparaîtront-ils aussi ?

Les concepteur·ices de Decoratelier s’associent au concierge, aux cuistot·es de Cassonade, à des riverain·es et visiteur·euses dans une véritable quête archéologique. Ces « dernier·ères arrivé·es » créent un espace où penser la pollution historique et la responsabilité collective. Iels décortiquent le passé et spéculent sur des écosystèmes, formes de vie et manières d’habiter futurs. Par des constructions et des récits, iels cherchent le moyen de transmettre leurs inquiétudes et leurs désirs aux générations futures. Une société peut-elle se bâtir sur ses propres erreurs ? The Latecomers est un spectacle in situ dans lequel une communauté aborde la signification d’un lieu et invite le public à explorer cet étrange paysage de récits.

read more

NOUS SOMMES TOUS·TES DES RETARDATAIRES


Nous sommes tous·tes des retardataires. Être un·e humain·e signifie venir après celleux qui nous ont précédé·es. À l’instar de nos aïeux·les qui nous ont précédé·es, la terre dans laquelle nous les enterrons a déjà accueilli les ossements d’autres êtres – y compris ceux d’autres espèces, dont beaucoup sont mortes pour nous.

– Robert Pogue Harrison
 

Que souhaitons-nous transmettre aux spectateur·ices avant le spectacle ? Environ six semaines avant la première de The Latecomers, Jozef Wouters et moi en discutons au cours de l’une de nos réunions dramaturgiques. Au fond, il est trop tôt pour répondre à cette question, car nous sommes encore à la recherche de la forme que prendra le spectacle. Si cela est propre à la création théâtrale, cela s’inscrit tout autant dans l’essence même de ce qu’incarne Decoratelier : building out loud ou construire ensemble en réfléchissant à voix haute. Nous créons des espaces dans lesquels nous pouvons rechercher collectivement du sens, les formes et les récits qui étayent le vivre-ensemble dans toute son hétérogénéité – y compris le doute et la confusion qui en découlent. Ce texte esquisse quelques points de départ qui, au cours de l’année dernière, ont contribué à orienter le processus de The Latecomers.
 

Depuis l’été 2024, Decoratelier occupe pour une période de cinq ans une ancienne usine dans la rue de Courtrai, à Molenbeek, et ce, en partenariat avec le restaurant solidaire Cassonade. « C’étaient déjà nos voisin·es dans la rue de Manchester et nous allions y déjeuner tous les jours », raconte Jozef Wouters. « Lorsqu’il s’est avéré qu’iels devaient aussi déménager, j’avais envie qu’iels nous accompagnent sur le nouveau site. Cassonade pratique un mode de fonctionnement et une forme d’organisation à la fois collectifs et uniques ; iels réalisent des choses qu’on croirait impossibles et qu’on ne voit nulle part ailleurs à Bruxelles. Qui plus est, l’intérieur de leur restaurant était un décor abandonné, qui a fait office d’entreprise de pompes funèbres dans la série belge Grond, produite par Netflix. Les gens qui venaient manger prenaient cet intérieur pour authentique, alors qu’il s’agissait d’un décor. Cela me fascine au plus haut point : des décors dans lesquels la vraie vie vient se nicher. Ce qui m’a frappé dans la pratique quotidienne à Cassonade, c’est qu’organiser, cuisiner et manger ne pouvait se faire sans ce cadre fictif, le tout se soutenait mutuellement. »

« Cassonade était donc déjà une fiction et l’est encore davantage depuis le déménagement. L’agencement est une image réfléchie : soudain, les piliers porteurs se sont révélés inutiles, les fenêtres et l’auvent de la façade n’avaient plus à protéger de la pluie. Le lieu exigeait une nouvelle traduction scénographique. À chaque variation, l’espace devenait encore plus fictif qu’il ne l’était déjà. L’intégration et la consolidation de cette fiction spatiale ont constitué pour moi l’un des points de départ du projet. »
 

Dans l’actuel Cassonade, le décor confère une potentielle allure théâtrale à tout ce qui s’y déroule. Comme pour la réunion de quartier lors de laquelle des fonctionnaires de la commune sont venu·es parler du futur parc qui va être aménagé sur le site. « Une grande partie de notre atelier se situe deux mètres sous le niveau du sol et sera recouvert d’une épaisse couche de terre d’ici quelques années. Cette idée ne m’a plus lâché : tout ce que nous construisons ici, en ce moment, se trouvera sous terre à l’avenir. En réalité, c’est l’endroit idéal pour nos constructions ; l’endroit où les histoires sont à leur place, celui où elles peuvent naître, là juste sous nos pieds, bien que l’endroit reste assez inaccessible. Tout ce qui est souterrain a toujours été un lieu de fiction et de spéculation, déjà dans la mythologie. C’était un deuxième point de départ pour The Latecomers. »

Le site est fortement pollué par les activités de l’usine de galvanisation qui y a été active pendant des décennies. Plutôt que d’assainir ce sol, la commune de Molenbeek prévoit de recouvrir le lieu de terre saine. « Ce déplacement massif de terre m’a semblé quelque peu absurde. Est-ce que cela ne nie pas l’histoire du lieu ? C’est un récit typique du développement urbain rapide : “L’avenir est plus vert et plus beau, et en fait, nous y sommes déjà. Bientôt, nous pourrons aller nous y promener.” Comment opposer un processus plus lent à ce narratif ? Tel est pour moi l’enjeu de The Latecomers. »
 

Une tentative de production massive de compost à partir des déchets de cuisine de Cassonade s’est avérée une impasse. Nous avons donc fait venir plusieurs camions de terre argileuse du Pajottenland. Dans un hangar industriel vide, nous nous sommes attaqué·es à ce tas de terre. Avec les constructeur·ices de Decoratelier, les cuisinier·ières de Cassonade, les deux concierges et quelques habitant·es du quartier, nous nous sommes approprié·es cette terre : nous l’avons modelée et pétrie pour en faire des objets et des briques d’argile avec lesquelles construire. Nous l’avons tamisée et avons inventé l’histoire derrière un tesson de poterie égaré.

« Nous avons posé quelques questions à tous·tes les participant·es : que souhaitez-vous déposer, enterrer, ajouter à cette terre ? De quoi souhaitez-vous charger cette terre ? Quelles histoires ne devraient pas être oubliées ? Quel message souhaitez-vous ainsi transmettre aux générations futures ? Nous avons imaginé les archéologues qui déterreront un jour nos traces dans le futur. »
 

La lecture d’un lieu est toujours le premier geste de la pratique scénographique de Decoratelier. « À partir de cette pratique, nous faisons désormais face à un espace quasi illisible », explique Wouters. « Lire une dalle de béton, la pollution du sol, ou le sol tout court, n’est pas chose simple, même pour des scientifiques. Des archéologues nous ont appris pourquoi on dispose de si peu de connaissances sur le sous-sol urbain, et aussi pourquoi il y a si peu de conscience historique. La plupart des cartes pédologiques datent des années 1950. Ce qui primait à l’époque, c’était la valeur des sols agricoles. Sur ces cartes, le sol urbain reste encore à ce jour une tache aveugle. »

Comment pouvons-nous travailler à renouer avec ce qui nous a précédé·es ? « Heureusement, on peut aussi lire le sous-sol en inventant des histoires. Chez le philosophe de la culture Robert Pogue Harrison, nous avons trouvé une devise : On earth, we are all latecomers (Sur Terre, nous sommes tous·tes des retardataires). Ses écrits traitent des traces à la surface qui mènent à la grande et à la petite histoire, enfouies dans le sol. Une société est constituée de souvenirs et de récits sur ce qui se trouverait sous terre. Une sorte d’humus culturel. Dans cette optique, l’apport à l’aveuglette de terre vierge est en somme un geste irréfléchi et brutal. »

Dans une ville comme Bruxelles, on observe en outre depuis quelques décennies, qu’en raison de l’urbanisation et des migrations, des populations vivent dans un lieu différent de celui où sont enterré·es leurs ancêtres. D’un point de vue historique, il s’agit d’une situation nouvelle à laquelle nous ne sommes pas ou seulement très peu préparé·es. The Latecomers est une tentative de reconnaître le paysage urbain comme un lieu significatif et de se tourner vers l’avenir. Il ne nous reste que peu de temps avant l’arrivée des bulldozers de la commune – en ce sens, ce que nous faisons s’apparente à ce que les archéologues appellent une « fouille de sauvetage ».

« Nous imprégnons la terre de récits et de propositions spécifiques appartenant à un groupe restreint de personnes. C’est un geste modeste, mais pour nous, il s’agit aussi d’attentions portées à d’autres facteurs : aux détails, aux histoires de quartier, aux choses que nous trouvons par hasard. L’histoire et la manière dont nous la racontons, collectivement, doivent sans cesse s’adapter à toutes ces informations et ces contributions. Comparable à une fouille archéologique, notre processus est très lent et consiste à rechercher une histoire à partir de ce qui est mis au jour, année après année, saison après saison. Nous continuons donc à raconter et à reraconter, encore et toujours. Nous creusons vers l’avenir sans savoir exactement où cela nous mènera. »

 

  • Jeroen Peeters, 3 avril 2026
  • Traduit par Isabelle Grynberg

Jeroen Peeters est un essayiste, dramaturge et performeur qui vit et travaille à Bruxelles. Il a publié de nombreux articles sur la danse et la performance contemporaines, ainsi que sur des thèmes tels que le statut de spectateur·ice, les écologies de l’attention, le lectorat, la dramaturgie, la connaissance incarnée, la littératie matérielle et le développement durable. Peeters est le dramaturge attitré chez Decoratelier.

14.05

  • 19:00

16.05

  • 21:00
  • + aftertalk modéré par Silvia Bottiroli (EN)

19.05

  • 16:00

20.05

  • 21:00

21.05

  • 21:00

24.05

  • 21:00

25.05

  • 16:00

28.05

  • 19:00

29.05

  • 21:00

Présentation : Kunstenfestivaldesarts, Kaaitheater, Decoratelier 
Direction artistique : Jozef Wouters | Dramaturgie : Jeroen Peeters | Coordination technique : Menno Vandevelde | Créé avec et construit par Decoratelier : Jeff Verschueren, Barry Ahmad Talib, Zoher Boumelha, khalda el jack, Fairuz Ghammam, Alice Deleu, Pauline Arnould, Michiel Soete, Chloé Tempelhof, Joran De Roover, Mona Bonnevalle, Vic Van den Bossche | En collaboration avec Cassonade : Naila, Mariam, Lina, Fatima Zahra, Rasmina, Aïcha, Fatiha, Naziha, Ibrahima, Mohamed, Mehdi, Luay | Conception sonore : Anne van de Star | Vidéo : Fairuz Ghammam, Sander Tas | Costumes : Sofie Durnez, Lila John | Conception lumière : Michiel Soete | Équipe technique : Remco Wuyts, Jamy Hollebeke, Ruben Wolfs/Thibault Rottiers | Stand-in : Vincent Focquet, Marie Umuhoza | Outside eye : Sodja Lotker 
Production : Damaged Goods | Coproduction : Kunstenfestivaldesarts, Kaaitheater, Perpodium
Avec le soutien de la Communauté flamande, de la Commission communautaire flamande et du dispositif d'exonération fiscale du Tax Shelter du Gouvernement fédéral belge via BNPPFFF | Remerciements au Kunstencentrum VIERNULVIER, les Summer birds, coreatelier

website by lvh