24 — 29.05

Basel Abbas & Ruanne Abou‑Rahme Palestine-New York

Prisoners of Love: Until the Sun of Freedom

performance / cinéma augmenté — premiere

La Balsamine

Venue avec une chaise roulante à annoncer lors de la réservation en ligne ou via la billetterieAccessible aux personnes en chaise roulante | Arabe, anglais (une traduction en FR et NL sera mise à disposition)

Ces cinq dernières années, Basel Abbas et Ruanne Abou-Rahme ont étudié les chants et poèmes de palestinien·nes incarcéré·es dans les prisons israéliennes de 1948 à nos jours, érigeant la poésie en acte de résistance face à l’enfermement. Prisoners of Love: Until the Sun of Freedom constitue le premier volet de cette recherche et leur premier projet performatif.

À partir d’enregistrements, d’entretiens et de textes, Abbas et Abou-Rahme développent une forme poétique de « cinéma élargi » qui traite de l'expérience de ces petites prisons au cœur de la vaste prison de l'Occupation. Pour le duo issu de la scène musicale et vidéo palestinienne, le son est un médium crucial capable de transcender les lieux clos. Ici, la puissance des poèmes et des chants imprègne les frontières des structures répressives, tandis que l'image refuse le confinement de l'écran pour créer une immersion totale.

À la Balsamine, ancienne caserne militaire, iels proposent une forme hybride : une expérience cinématographique ponctuée, lors des trois premiers jours, d'une performance créée avec le musicien palestinien Julmud. En référence au titre des écrits de Jean Genet sur la Palestine, Prisoners of Love souligne comment la poésie mobilise l'espoir pour imaginer collectivement des futurs alternatifs, jusqu'à ce que les murs des prisons tombent en poussière.

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BEING THE NEGATIVE

Être le Négatif
Être dans le négatif
c’est être dans l’excès, l’excès invisible, l’excès jetable ¹
l’excès en tant qu’hypervisibilité ², réduit au pixel et au bruit

Être dans le négatif
c’est être endetté·e, dans le rouge, captif·ve d’un système de dépossession
Être dans le négatif
c’est être dans le manque, dans la rupture, dans le lieu de l’extraction le négatif est ce qui est non désiré, non voulu

Être dans le négatif, c’est manquer de souffle, perdre son souffle
Tous·tes celleux qui résistent, tous·tes celleux à qui nous sommes redevables, avant et après nous, nous appellent à devenir le négatif
Devenir le négatif, c’est sombrer, s’enfoncer dans la terre, devenir la terre
Devenir le négatif, c’est devenir le sous-sol, le souterrain, tout ce qui est invisible
Devenir le négatif, c’est devenir invisible, ne plus être vu·e pour être détaché·e
Devenir le négatif, c’est se libérer de ses liens, résistant, mutant, refusant, refusant cela même ce qui nous a été refusé ³
Être le négatif, c’est créer à partir du manque ce qui manquece qui fait défaut, ce qui nous est nécessaire
Nous sommes dans le manque et nous sommes ce qui manque

Être le négatif, c’est voir dans le négatif ce qu’autrement, on ne pourrait pas percevoir, les pores de la terre, la fracture au cœur de la colonie
Être le négatif, c’est être le déversement, être la contamination, être l’excès qui « alimente le retour » ⁴
Être le négatif, c’est être la dette qui nous est due
Être le négatif, c’est être ce à quoi nous sommes redevables, tous·tes celleux qui nous ont précédé·es et nous appellent à présent, nous appellent de leurs tombes ; « celleux qui chantent ne meurent pas » ⁵
l’appel résonne, nous appelle encore et encore vers là où nous devons être
Être le négatif, c’est être ce qui semble enfoui, mais continue à germer
Être le négatif, c’est voir les ruptures comme des ouvertures, être cette rupture qui respire et qui est, être et respirer là où il ne faudrait pas être

***

PRISONNIER·ÈRES DE L’AMOUR : JUSQU’AU SOLEIL DE LA LIBERTÉ

À tous·tes celleux à qui nous sommes redevables, à tous·tes celleux qui nous ont précédé·es et à tous·tes celleux qui nous suivront

« Rien n’a été voulu, écrit ou composé pour les besoins d’un livre… c’est à la fois une arme de libération et un poème d’amour. » JG

« En cette vingtième année de captivité… j’avoue que mon cœur s’agite à la vue à la télévision d’une rose, d’une scène dans la nature ou de la mer. J’avoue que je suis toujours une personne qui s’accroche à l’amour comme s’il s’agissait de braises. Je resterai inébranlable dans cet amour. Je continuerai à vous aimer, car l’amour est ma modeste et unique victoire sur mon geôlier. » WD

Walid, tes mots demeurent en nous
Il y a quelques années, avant qu’on ne t’arrache à nous
Après plus de vingt années d’emprisonnement

Tu disais que le désir et le manque étaient ce qui nous unissait
Un désir de lieu, un désir d’un temps sans occupation

Nous revenons à M libéré après des années de captivité 
Il marche sur sa terre 
Et parle des plantes comme si elles étaient sa famille
Il parle de secrets, du secret de notre pouvoir
Que parfois nous n’osons pas nous avouer à nous-mêmes
K.O disait que c’est la terre des secrets et de la magie

 

Nous écrivons ceci aujourd’hui une lettre d’amour au peuple et à la terre
Et c’est un amour interdit 
Et nous, prisonnier·ères de cet amour, prisonnier·ères de cette perte, prisonnier·ères de ce désir 

***

Et c’est un amour interdit de la terre perdue, de la terre aimée, de la terre aimée et perdue
Imm al-Zinât, comme tu étais belle, comme tu es belle 
Au sommet d’une montagne, surplombant la mer de Haïfa 
Iels sont venu·es t’anéantir en 1948,
Lorsqu’iels ont anéanti la vie dans plus de 500 villages
Mais qui sont-iels pour toi et pour nous, pour nous et pour toi
Lié·es les un·es aux autres dans cette parenté meurtrie
Mai 1948, mai 2025
En te regardant, tout ce qu’on voit, c’est Gaza
Muin revient aujourd’hui, comme s’il n’était jamais parti 
Récitant La ville assiégée, pour sa Gaza de 1952

« La mer murmure aux étoiles l’histoire d’une patrie emprisonnée, et la nuit, telle une mendiante, déverse pleurs et gémissements. »

L. marche avec précaution sur ce qui reste d’Imm al-Zinât
Son cimetière et sa végétation
Muin poursuit, recouvre 2025 de 1952, nous ramenant à la blessure
Gaza assiégée encore et encore

« Les portes de Gaza, verrouillées sur son peuple en deuil, réveillent les vivant·es qui dorment sur les ruines des années écoulées
La rivière, autrefois voyageuse, qui se précipitait à travers montagnes et vallées, jette désormais son bâton dans les décombres réduits en poussière. »

Juillet 2024, Gaza, le vieil homme pleure

« Iels ne veulent rien nous laisser.
Pas un arbre, pas un rocher, pas une école pas de dispensaire, pas d’hôpital, pas de peuple.
Le sol est brûlé. 
La terre est brûlée. »
 

Une blessure qui ne guérit pas 
Une blessure que nous partageons dans l’obscurité dans le silence, une blessure qui devrait secouer le monde.

« Voici la belle Gaza, qui gravite en deuil entre les affamé·es dans les tentes, les assoiffé·es dans les tombes
Images d’indignité, levez-vous, peuples emprisonnés ! »

Le dernier mot de Muin, un appel qui nous invite à répondre à l’appel de Gaza
Être le négatif, c’est être la dette qui nous est due être avec ce à quoi nous sommes redevables, tous·tes celleux qui nous ont précédé·es et qui nous appellent aujourd’hui depuis leurs tombes ; « celleux qui chantent ne meurent pas »

  • Extraits de Prisoners of Love: Until the Sun of Freedom
  • Traductions par Isabelle Grynberg

¹Pour plus d’informations sur cette question de l’excès, voir : HajYahia, Adam. The Principle of Return, dans : Parapraxis, 7 avril 2024. 
²Moten, Fred. Music against the Law of Reading the Future
and “Rodney King”
, dans : The Journal of the Midwest
Modern Language Association, vol. 27, no 1 (1994) : p. 51-64.
https://doi.org/10.2307/1315058
³ Moten, Fred. The Subprime and the beautiful, dans : African Identities, vol. 11, issue 2 (2013), p. 237-245. « Car, refuser ce qui vous a été refusé, même lorsque ce qui a été refusé n’est qu’un fantasme, n’est possible qu’à partir de la perspective d’avoir eu quelque chose (au-delà de l’imposition constante d’un manque, d’une barrière ou d’une impossibilité). Mais avoir eu, en l’occurrence, n’est pas la description de quelque propriété antérieure violée ; il s’agit plutôt d’une prophétie d’avoir tout donné (en ayant consenti à ne pas être un être unique, en ayant continuellement agi à partir des implications théoriques massives du fait de détenir et d’être détenu·e, contre la propriété, dans la jouissance dépossessive du sous-commun sous-privilégié). Tout ce que j’aime est l’effet d’une dépossession déjà donnée et d’une autre dépossession à venir. Tout ce que j’aime survit à la dépossession, et est par conséquent antérieur
à la dépossession. »
⁴« S’esquiver et se répandre dans la matrice coloniale, cet excès est ce qui alimente le retour. », voir : HajYahia, Adam. The Principle of Return, dans : Parapraxis, 7 avril 2024.
⁵Un chant chanté en Palestine : « Levez les mains, levez la voix, celleux qui chantent ne meurent pas. »

24.05

  • 18:00 ⧖ +-2h25
  • Performance & film/installation
  • €18 / €16

25.05

  • 18:00 ⧖ +-2h25
  • Performance & film/installation
  • €18 / €16
  • + aftertalk modéré par Laura Herman (EN)

26.05

  • 20:30 ⧖ +-2h25
  • Performance & film/installation
  • €18 / €16

27.05

  • 20:30 ⧖ 1h
  • Film/installation
  • €12 / €9

28.05

  • 18:00 ⧖ 1h
  • Film/installation
  • €12 / €9

29.05

  • 18:00 ⧖ 1h
  • Film/installation
  • €12 / €9

Présentation : Kunstenfestivaldesarts, La Balsamine
Scénario, mise en scène et montage : Basel Abbas & Ruanne Abou-Rahme | Caméra : Raouf Haj Yahia, Basel Abbas, Ruanne Abou-Rahme | Producteur : Adam Haj Yahia | Enregistrements sonores : Mohammed Nofal | Composition sonore : Basel Abbas & Ruanne Abou-Rahme | Recherche : Yara Abbas | Direction de studio : Tamara Khasanova | Performance live : Basel Abbas & Ruanne Abou-Rahme avec Julmud
Production : The Bell / Brown Arts Institute - Brown University, Nottingham Contemporary, Kunstinstituut Melly | Coproduction : Kunstenfestivaldesarts, NW Open House for Contemporary Art and Film, Festival d'Automne à Paris

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