09 — 12.05

Ewa Dziarnowska Berlin

This resting, patience

danse / performance durationnelle

Bodeek

Venue avec une chaise roulante à annoncer lors de la réservation en ligne ou via la billetterieAccessible aux personnes en chaise roulanteAssises sans dossiers | ⧖ 3h | €20 / €16

Au sol, un épais tapis bleu outremer. La voix de Dionne Warwick et son titre What the World Needs Now tournent en boucle. Ewa Dziarnowska et Leah Marojević, toutes deux vêtues de bleu, déploient dans l’espace un mouvement ondulant. Avec générosité et attention, elles jouent sur l’attraction, la répétition, la forme et les émotions pour explorer chorégraphiquement le désir physique, le manque, l’espoir et la perte. En solo ou à l’unisson, elles se défient et nouent le contact entre elles ou, par instants, avec le public. La proximité des corps vient briser la passivité du public : le regard se fait mouvement, et le mouvement une manière d'être vu – une réciprocité qui bouscule la performance classique.

Pour Dziarnowska, l'improvisation et le savoir incarné sont des remparts contre notre besoin de rationalité et de linéarité. Entre l’installation et le spectacle, ses projets transforment notre regard consumériste en une rencontre transformatrice. La danse devient un espace qui suspend le temps pour laisser place à la complexité, alors que la présence érotique tisse une pratique de la connexion. Porté par une virtuosité et une puissance émotionnelle croissante, This resting, patience est une célébration du désir et de la sensualité qui montre comment la danse peut nous sauver dans les temps sombres.

"Non seulement dans la danse et à travers les corps des danseur·euses, la sensualité est célébrée, déconnectée de la promesse du sexe d’une part et de la peur de l’insécurité d’autre part. Il y a aussi un plaisir généreux et ouvert dans la présence de l’autre dans l’interaction entre la danseuse et le public. (...) Exactement ce dont le monde a besoin en ce moment.", Wendy Lubberding, 2024, Theaterkrant

Assister à l’expérience complète est recommandée, mais les entrées et sorties en cours de spectacle seront autorisées.

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Conversation entre Ewa Dziarnowska et Kerstin Schroth à propos de This resting, patience

Kerstin Schroth – Ewa, This resting, patience est une longue performance durative. Parlez-nous de votre envie de créer cette performance.

Ewa Dziarnowska – Je voulais montrer la danse de près, sous une forme plus crue, plus « brute ». Dans ma pratique de la danse je suis mue par le plaisir, ou la recherche de sensations ; c’est aussi un mécanisme d’adaptation. C’est un espace à part, avec sa logique et son ontologie propres, que j’aime fréquenter. C’est une façon de se connaître, de se parler, à soi et à tout ce qui nous entoure.
Je voulais surtout éviter que l’on assigne à la danse de This resting, patience une signification figée, que sa forme soit muselée par les dictats réducteurs de la dramaturgie ou de la conceptualisation. L’idée d’une « installation » est née du désir d’explorer la danse en dehors des contraintes d’une chorégraphie préétablie. Elle s’est ensuite transformée en une pièce hybride dans laquelle la danse opèrerait plutôt comme une sculpture. Ce raisonnement nous a
permis de nous intéresser davantage à la matérialité et à la texture de la danse – sa dimension poétique – plutôt qu’à une suite logique, un récit ou sa signification. C’est comme si, dans cette œuvre, il ne s’agissait pas de sens mais de moments.
Une autre donnée vient confirmer cet aspect : la proximité suscite un engagement et brouille le recul critique. Je voulais que les danses puissent s’observer à la fois de près et de loin. Je voulais placer le public dans la proximité de l’intention et aux limites de la salle, afin que les deux expériences puissent être vécues, qu’elles puissent faire l’objet d’un choix, tout au long des trois heures de la performance.
La durée est une autre donnée importante. Elle crée et dévoile des subtilités, des nuances, et des complexités. À force de répétition, le public finit par accueillir l’œuvre différemment. L’attention est attirée non seulement par la performance qui se déroule, mais aussi par la manière dont elle se déroule et par les rapports et les méthodes qui sont en jeu. Il s’agit davantage d’une méthode, d’une négociation en temps réel que d’une (re)production.

La chanson de Dionne Warwick What the World Needs Now revient régulièrement tout au long de la performance. Je suis très curieuse de savoir ce qui vous a inspiré ce choix?

Disons qu’il s’agissait davantage d’une découverte que d’un choix. La chanson, que j’ai beaucoup écoutée dans le studio, a inspiré la danse. Ensuite, le fait de la faire revenir en boucle plusieurs fois, dans son intégralité, de maintenir nos positions et de travailler avec un cercle de chaises a relevé d’un choix chorégraphique.
Je ne travaille jamais à partir d’une idée préconçue, d’un concept pour lequel je devrais trouver la matière adéquate. Je regarde plutôt ce que je suis déjà en train de faire. J’essaie d’écouter la matière qui préexiste, et de l’envisager comme une chose nécessaire, qui répond à un besoin et un intérêt immédiats. Pourquoi je fais ce que je fais ne m’apparaît pas toujours clairement au début ; parfois même pendant longtemps. J’ai été attirée par cette danse et j’ai tenté de comprendre ce dont elle avait besoin.
Je comprends que les paroles emblématiques et explicites de la chanson puissent induire l’idée d’un choix assez didactique, mais l’œuvre ne cherche pas de réponses figées. Nous choisissons plutôt de ne pas bouger, de demeurer près de la question, des un·es et des autres, de danser dans l’incertitude. Dans l’infinie répétition de la chanson, nous renouvelons et abordons autrement notre rapport aux boucles de l’affect et à la forme que proposent l’amour et la chanson.

Le public est invité à s’asseoir dans la proximité immédiate des deux performeuses (vous-même et Leah Marojević), mais aussi à se déplacer, et même à entrer et à sortir à sa guise. On a presque l’impression que vous nous offrez un espace où nous reposer, et où le temps se déroule autrement, au-delà du linéaire.

Dans cette performance, j’ai conçu le temps comme une expérience verticale plutôt que comme une progression horizontale, ou une succession. Je préfère créer des moments permettant de pénétrer et de quitter un champ ou un paysage vécu. Je voulais que Leah et moi puissions nous appuyer sur une structure, mais aussi bénéficier d’une grande liberté de choix en temps réel. Ce que nous faisons est donc toujours empreint de beaucoup de vitalité.
En envisageant le temps comme un média potentiel-
lement flexible, je cherchais absolument à laisser la place au répit, à une pause, à un moment d’ordre plus méditatif. J’ai beaucoup réfléchi à la manière de me départir de la boucle de la critique – où l’on répète ce que l’on tente de
critiquer – et à faire davantage ce que je désire pour le monde. J’ai cherché à suivre mes propres besoins, physiques et mentaux. Je tente d’envisager la performance comme un lieu de rencontre, permettant de voir où nous en sommes ; comme une tentative de saisir la complexité du moment présent. C’est pour cette raison que je crois fermement qu’on ne peut se soucier de l’avenir qu’en préservant le présent. Le monde est assailli d’anxiété et d’isolement. Avec cette pièce, je souhaitais souligner le fait que – sans nier que nous traversons des temps très sombres – nous ne devons pas nous enliser dans une redite incessante de cet état de fait. À cette échelle, la démarche est bien entendu quelque peu naïve, mais c’est néanmoins une espèce de contre-offre à ce qui nous est proposé quotidiennement par la conjoncture politique et économique. 
Une de nos préoccupations était de centrer l’œuvre sur le caractère plus social, plus démocratique et plus relationnel de la danse et de la performance, afin de se défaire des pratiques bourgeoises, démonstratives et distantes. L’espace qui en émerge est à la fois informel et festif. L’attention et l’engagement y sont donnés et reçus en boucle rétroactive, entre le public et nous. Nous prêtons de l’attention à notre être-ensemble dans la même pièce.

 

 

  • Entretien réalisé par Kerstin Schroth dans le cadre de Moving in November 2025, publié le 9 novembre 2025
  • Traduit par Diane Van Hauwaert
  • Kerstin Schroth est directrice artistique du festival Moving in November.

09.05

  • 19:00
  • + aftertalk modéré par Andrea Rodrigo (EN)

10.05

11.05

12.05

Présentation : Kunstenfestivaldesarts, Bodeek
Par : Ewa Dziarnowska | Avec : Leah Marojević | Son : Krzysztof Bagiński | Lumière : Jacqueline Sobiszewski | Costumes et stylisme : Nico Navarro Rueda, Franziska Acksel | Soutien dramaturgique : Jette Büchsenschütz | Dialogue artistique : Suvi Kemppainen | Photos : Spyros Rennt | Documentation vidéo : Margarita Maximova 
Production : Ewa Dziarnowska | Coproduction : Sophiensæle, Tanztage Berlin (financé par le Département de la culture et de la cohésion sociale du Sénat et le Capital Cultural Fund HKF)
Avec le soutien de Tanzfabrik Berlin, Theaterhaus Berlin Mitte | Remerciement à Maciej Sado
Performances à Bruxelles avec le soutien du Adam Mickiewicz Institute, cofinancé par le Ministère polonais de la Culture et du Patrimoine national et l’Institut Polonais Bruxelles

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