28 — 30.05

MEXA São Paulo

Reality Show

théâtre — premiere

Zinnema

Accessible pour des personnes en chaise roulante avec assistance | Portugais → NL, FR, EN | ⧖ +- 2h | €22 / €18

MEXA a vu le jour à São Paulo, dans un centre d’hébergement pouvant accueillir jusqu’à trente personnes sans-abris – une cohabitation forcée sous surveillance constante, où les nouveaux·elles arrivant·es succédaient à celleux expulsé·es pour avoir enfreint les règles. En dix ans d'existence, MEXA a évolué, mais reste marqué par ce passé.

Dans Reality Show, dix interprètes investissent un espace qui évoque à la fois un foyer et un plateau de tournage. Les meubles et les caméras s’installent à vue, tandis que des images sont filmées et montées en temps réel. Cette grammaire de la télé-réalité, dont les membres de MEXA sont de fervent·es fans, devient le miroir de leur passé collectif et de leur présent au théâtre. Elle raconte la visibilité sans le pouvoir, le glamour mêlé à l'épuisement et l’intimité marchandisée.

À travers un jeu d'élimination, MEXA s'interroge sur la manière dont iels ont parfois accentué leur précarité pour accéder au circuit théâtral. Quels récits attend-on d'un groupe façonné par l'instabilité ? La misère est-elle le meilleur atout pour « gagner l’émission » ? La fiction devient un outil de survie pour se faire accepter. Après deux succès, MEXA revient au festival avec un projet rêvé depuis des années. Un portrait vif et flamboyant d'une décennie de lutte pour le logement, la visibilité et la reconnaissance.

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REALITY SHOW

Tu es le premier à entrer dans la maison
Les meubles sont déjà là comme sur un plateau de tournage
Et tu ne sais pas si tu as le droit de t’asseoir sur le canapé
Sur la chaise
entrer dans la piscine tu fais semblant que c’est le plus beau jour de ta vie et à force de faire semblant, tu souris, tu célèbres
Tu cherches les caméras du coin de l’œil et, sans les regarder directement, mais de manière à exposer ton visage, tu pleures enfin quelques larmes coulent parce que tu as enfin une maison et c’est déjà beaucoup d’autres personnes entrent et tu te rends compte que tu pourrais les connaître, même si tu n’as jamais entendu leurs histoires
Mais quelque chose d’étrange se produit
Petit à petit, tu te rends compte que tu es observé·e parce que tu entends les rires, les applaudissements et, surtout, les silences de l’extérieur, même si tu ne vois rien
Et ta plus grande peur n’est pas d’être coincé·e pour toujours
C’est que la maison disparaisse et que tu doives sortir dans un monde où personne ne parle ta langue
Mais pour l’heure, ce n’est que la première scène du premier jour
Et tu as encore une maison
Du temps de scène
Et un public
C’est maintenant que commence ta réalité

Pendant dix ans, MEXA a tenté de raconter sa propre
histoire. À la première réunion du groupe à laquelle j’ai assisté, je me souviens du monologue incroyable d’une actrice qui racontait avoir tué son mari violent et avoir dû survivre à l’horreur de la prison. Elle a pleuré, et nous aussi. Ensuite, elle a fini par dire : « Ce n’est pas une histoire que j’ai vécue. C’est celle d’une amie qui adore le théâtre, mais qui n’a pas pu venir. Alors, je voulais qu’à tout le moins, sa vie soit là. »

Une décennie plus tard, les récits ont changé ; mais pas tant la manière de les aborder. La scène a toujours été, pour le groupe, un espace de prophéties autoréalisatrices : à force de les répéter, elles pourraient bien devenir réelles. Ce théâtre du réel va parfois dans le sens opposé de celui qu’on attend : le monde envahit le théâtre, bien entendu, mais c’est surtout le théâtre qui réécrit le monde.

Reality Show est l’un de nos plus anciens fantasmes et, sans doute précisément pour cette raison, c’est la pièce dont la création nous a pris le plus de temps. C’est le dernier volet de notre Trilogie du réel. Les deux premiers volets sont Pumpitopera Transatlantica et The Last Supper. Tous trois ont eu le privilège d’être présentés en première au Kunstenfestivaldesarts, sous les yeux et oreilles attentives de Daniel Blanga Gubbay et Dries Douibi.

Avec cette pièce, nous tentons d’aborder le thème peut-être le plus cher au collectif : la maison. L’une des questions principales pour MEXA, initiative née dans le contexte d’un centre pour personnes sans-abri, est de savoir comment créer quoi que ce soit lorsque l’on n’a pas de maison. Nous nous réunissons à la Casa do Povo, une institution culturelle indépendante à São Paulo. MEXA en est l’un des collectifs associés. Ce lieu est devenu, au-delà d’un théâtre, une référence en tant qu’espace domestique. C’est là que, entre répétitions et réunions, nous avons construit une maison éphémère. Tant que nous y sommes, ensemble, tout le monde y a sa place, ce qui est à la fois triste et joyeux. Triste, parce que non pérenne, mais joyeux, parce que nous avons au moins un lieu à nous.

Dans le même ordre d’idées, la scène est devenue une maison temporaire. Chaque soir, elle est montée et démontée, car la pièce a une fin, et que le monde dure plus longtemps que le théâtre. Heureusement, le lendemain, nous pouvons remonter sur scène. Je sais que cette expérience n’est pas propre à MEXA. Être artiste, c’est aussi naviguer entre les œuvres et exister partiellement entre les performances.

Lors de la création de cette pièce, l’envie de construire une maison sur la scène est née pour en quelque sorte matérialiser ce que la scène avait toujours signifié pour le groupe. Et l’envie était de le faire en analysant les émissions de téléréalité, en faisant converser les autobiographies et ce genre télévisuel qui, d’une certaine manière, a façonné la manière dont est perçue une vie retouchée en vue d’obtenir un prix. Notre prix à nous a toujours été l’opportunité de continuer à jouer, et nous sommes prêt·es à de nombreux sacrifices pour l’obtenir – y compris relater nos vies pour qu’elles intéressent un public. Est-ce que ce que nous racontons est vraiment ce que nous voulons dire, ou est-ce que nous cherchons simplement à ce que notre maison-scène puisse continuer à exister ? Et n’est-ce pas là un questionnement que partagent de nombreux·ses artistes ?

And she stands there singing for money, La da dee, La dee da. (Et elle reste là à chanter pour de l’argent, La da dee, La dee da).

Nous nous sommes aussi intéressé·es à la manière dont la réalité était représentée aux débuts du théâtre moderne : un décor de maisons bourgeoises. Les personnages étaient définis par les espaces qu’ils occupaient et les objets qu’ils possédaient. Pour les connaître, il fallait bien étudier la mise en scène décrivant les pièces, les livres, le papier peint, le piano, les tapis. Si la maison est l’espace qui définit par excellence une personnalité, quelle est l’alternative pour un groupe qui crée justement à partir de l’absence de maison ? Quelles sont les limites de cette maison de scène à moitié construite, sans plomberie, cheminée, objets utilitaires, sans lits pour tout le monde, sans jour ni nuit, toujours sous le même éclairage, toujours soumise à la même distance imposée par le quatrième mur, les mêmes textes, la même durée ?

C’est ce que nous cherchons à comprendre. Et heureusement qu’il y a encore ce soir. Et ce public.
Bienvenue au spectacle de nos vies. Dans l’arène, neuf personnages en quête d’un personnage.
Un·e seul·e sortira gagnant·e.
Placez vos paris. Et bonne chance.

  • João Turchi
  • Traduit par Diane Van Hauwaert
  • João Turchi est metteur en scène, dramaturge et scénariste. Il est titulaire d’un master en dramaturgie de l’Université de São Paulo (USP), où ses recherches ont porté sur le théâtre documentaire et le théâtre du réel. Ses projets se situent à la croisée des arts visuels et des arts du spectacle et il a collaboré avec un large éventail d’artistes et de collectifs, notamment le Teatro da Vertigem, Barbara Wagner & Benjamin de Burca, ainsi que Marcelo Caetano. Avec MEXA, il a mis en scène et écrit notamment Pumpitopera Transatlantica, The Last Supper et Reality Show

28.05

  • 20:00

29.05

  • 20:00
  • + aftertalk modéré par Nicolás Lange (EN)

Présentation : Kunstenfestivaldesarts, Zinnema
Création : MEXA | Mise en scène et dramaturgie : João Turchi | Performeur·euses et co-créateur·ices : Aivan, Ale Tradução, Dourado, Laysa Elias, Lucas Heymanns, Ph Verissima, Podeserdesligado, Suzy Muniz, Tatiane Arcanjo, Veronika Verão | Recherche et assistance à la mise en scène : Lucas Heymanns | Conception sonore et musique originale : Podeserdesligado | Interprète vidéo, création vidéo et direction technique : Laysa Elias | Scénographie : Vão | Conception d’éclairage et installation vidéo : Bio Riff, Juliana Bucaretchi | Régie vidéo : Fagner Lourenço | Régie éclairage : Claudi | Conception de la production : Lu Mugayar | Conception des costumes : Anuro Anuro, Cacau Francisco | Design graphique et identité visuelle : Margem | Coordination de la production : Francesca Tedeschi/Casa do Povo | Chanson originale : Dourado | Chorégraphie : Alexandre Paulikevitch | Collaboration dramaturgique : Julia Pedreira
Production : MEXA | Coproduction : Kunstenfestivaldesarts, Festival d'Automne à Paris, Casa do Povo, Sophiensaele | Avec le soutien de Kaserne Basel, São Paulo Biennial
Merci à Guilherme Giufrida, Esponja, Marcela Amaral, Benjamin Seroussi et l'équipe de Casa do Povo
Le groupe MEXA est un collectif associé de Casa do Povo depuis 2016.

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