27 — 30.05.2026
Chien‑Han Hung, Wei‑Yao Hung, Ray Tseng Taipei
Family Triangle
théâtre
| Mandarin → NL, FR, EN | ⧖ 1h15 | €20 / €16 | Contient de la nudité
Family Triangle trouve son origine dans l’histoire personnelle de ses trois créateur·ices. Chien-Han et Ray sont un couple lesbien marié qui désire avoir un enfant ensemble. Ray fournirait l’ovule, et Chien-Han porterait l’enfant. Après réflexion, elles ont demandé au frère de Chien-Han, Wei-Yao, de leur faire don de son sperme, pour que l’ADN de l’enfant soit issu des deux familles.
C’est ainsi qu’est née l’œuvre Family Triangle : de leurs réflexions, incisives mais teintées de tendresse, sur le droit et le désir de fonder une famille, et sur la façon dont ce désir est façonné et parfois mis à mal par la tradition et les attentes liées aux genres et à la loi. L’histoire est racontée dans le désordre : frère et sœur se remémorent les pressions inégales imposées par les normes patriarcales taïwanaises pendant leur enfance ; une avocate intervient sur les réalités juridiques ; Ray et Chien-Han jouent le nom de famille de leur enfant dans un match de ping-pong ; Wei-Yao se demande s’il se voit plutôt en oncle ou en père.
Mêlant habilement théâtre, humour, réflexion politique et documentaire, les trois artistes expriment leur colère et leur gratitude par rapport à ce voyage entre la vie et le théâtre. Au bout du compte, dans le triangle, les liens les plus forts ne sont pas ceux du sang, mais ceux, négligés par la loi, de l’engagement et de la sollicitude.
FAMILY TRIANGLE
Entre 2021 et 2025, la vie s’est tranquillement modifiée ; les aîné·es autour de moi ont vieilli, certain·es sont tombé·es malades, d’autres personnes ont fondé des familles, accueilli de nouvelles vies, et moi-même, j’ai été entraînée vers ce qu’on appelle « l’étape suivante » de ma propre vie.
C’est inéluctable : je suis aujourd’hui forcée d’affronter des questions intimes longtemps restées sans réponse. La création de cette pièce me ramène au moi plus jeune, à cette fille légèrement androgyne dont le monde intérieur se mesurait en permanence à celui des garçons. Cette fille qui a appris à rivaliser, à se prouver et à insister sur sa propre valeur. En retraçant cette propension, je commence à comprendre que je suis quelqu’un qui s’accroche au passé, et que ma plus grande angoisse est la perte irrémédiable.
Grandir, c’est en quelque sorte perdre quelque chose. Tout comme quitter son chez-soi et en créer un nouveau, c’est affronter le départ. C’est comme se réveiller un jour à l’âge de trente ans et croire un bref instant qu’on est toujours dans le lit de son enfance. C’est comme suivre une longue route rectiligne, avancer sans dévier.
Toutes ces contradictions qui m’habitent – qu’elles relèvent de ma vie ou de l’œuvre – je les intègre dans le théâtre, peut-être pour y trouver une réponse.
- Ray Tseng (Tseng, Jui-Hsuan)
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Cette expérimentation est partie d’une question d’« équité » : ma compagne, Ray, et moi-même rêvions d’avoir un enfant – un enfant qui porterait l’empreinte de nos deux familles – mais comment atteindre un réel équilibre ?
J’ai proposé ce qui me semblait le « plan parfait » : utiliser les ovules de ma femme, faire appel à mon frère comme donneur de sperme, et porter moi-même l’enfant. Au sein de cette structure triangulaire, singulière mais équilibrée, iels représentent les « autres moitiés » de ma vie. Avec ma femme, je partage un avenir : élever cet enfant, partager tous les aspects du quotidien et construire une vie à deux. Avec mon frère, je partage le passé : nos racines, notre lignée et même ces vieilles blessures familiales dont nous avons tous·tes deux hérité.
Ma quête d’équité est presque une obsession pour l’équilibre. Je cherche un moyen de vivre au sein de ces liens de sang complexes sans que personne doive faire de compromis ou céder sur quoi que ce soit – un lieu où tout le monde puisse se sentir bien.
Dans la vie comme dans l’art, l’équité absolue est peut-être irréalisable, mais c’est bien là l’essence de ce cheminement : c’est un acte d’auto-émancipation. Au-delà des systèmes existants, nous avons trouvé une faille dans la loi pour définir un contrat qui n’appartiendrait qu’à nous trois – un endroit où nous nous sentons tous·tes nous-mêmes. Ce n’est pas un simple choix technologique ; c’est pour moi la façon la plus radicale de partager le pouvoir.
J’ai bien de la chance d’avoir trouvé dans ma vie la possibilité de cocréer, sur une base équitable, avec la personne la plus proche de moi et mon cher frère.
- Hung Chien-Han
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Cette production s’apparente à un match de lutte entre nous trois – nous interrogeons, débattons et nous affrontons. Je dois donc trouver mon propre point de vue pour rendre la lutte plus passionnante encore.
Le thème principal est celui d’un couple de femmes du même sexe désirant un enfant. Pour moi, homme asiatique hétérosexuel, le problème est toutefois d’un tout autre ordre. Pour elles, il s’agit de s’affranchir de la tradition ; pour moi, l’enjeu est la pression pour perpétuer la lignée familiale. Deux visions qui concernent pourtant le fait d’avoir un enfant, mais le sentiment est tout autre – et c’est de ce point de vue que j’aborde cette œuvre.
Je cherche à soulever une autre question : mon sperme sert à avoir un enfant, mais en dehors du fait que je dois le donner, tout le reste semble n’avoir aucun rapport avec moi. Mais est-ce vraiment le cas ? Dès l’instant où j’ai rejoint ce projet, j’en suis devenu partie prenante, et je dois donc en affronter toutes les conséquences « potentielles ». Après avoir interrogé mon oncle dans la pièce, je semble en venir à une conclusion différente : chaque famille a sa composition unique, mais tant qu’il y a de l’amour, rien ne semble insurmontable. Je me rends bien compte de la mièvrerie potentielle de cette conclusion, mais peut-être est-ce vraiment aussi simple.
À mon sens, il est très risqué de mettre en scène une histoire vraie, mais c’est aussi un défi intéressant. Le risque est celui-ci : comment y impliquer le public, voire le monde, plutôt que d’en faire une confession ennuyeuse sur un plateau ? Pour ce qui est de l’intérêt de la chose : la présentation théâtrale ne permet pas de déterminer si les événements sont réels, bien qu’ils en aient l’air. L’interaction entre vérité et illusion me semble très romantique.
- Hung Wei-Yao
- Traduit par Diane Van Hauwaert
Présentation : Kunstenfestivaldesarts, KVS
Co-createur·ices et performeur·euses : Hung Chien-Han, Hung Wei-Yao, Ray Tseng | Dramaturgie : Tang Fu-Kuen | Collaboration artistique : River Lin | Scénographie : Jaivi Chen | Conception lumière : You Tee, Ray Tseng | Conception vidéo : Huang Yong-Hsin | Musique et conception sonore : Cheng,Tse-Lun | Conception costumes : Yen Ting-Ju | Production de la tournée : Tiffany Lay, Ray Tseng | Direction technique de la tournée : Ray Tseng, You Tee | Production à Taïwan : Cheng Han-Wen | Régie générale : Chung Pin-Chiao | Avocate-performeuse et consultante juridique : Yun-Hsien Lin
Performances à Bruxelles avec le soutien du Centre culturel de Taïwan à Paris