09.05, 10.05, 12 — 15.05
Lagartijas Tiradas al Sol Mexico-Yanhuitlán
Centroamérica
théâtre
| Espagnol → NL, FR, EN | ⧖ 1h30 | €18 / €15
Depuis des années, le collectif de théâtre mexicain Lagartijas Tiradas al Sol explore la frontière entre réel et imaginaire. En entamant un projet sur l'Amérique centrale, le groupe a croisé le chemin de A., une exilée nicaraguayenne ayant fui la dictature de Daniel Ortega et Rosario Murillo. De leurs échanges est née une requête singulière : ne pouvant elle-même franchir la frontière, A. a demandé aux artistes de pénétrer au Nicaragua sous une identité fictive pour agir en son nom.
Ce qui était au départ une délégation artistique est devenu un acte politique. La fiction a débordé du théâtre pour agir sur le réel, et retrouve aujourd’hui la scène à travers des reconstitutions et des entretiens. Alors que le Mexique est souvent poussé à regarder vers le Nord, le collectif tourne ici son regard vers le Sud, vers ces pays voisins marqués par les interventions militaires, la géopolitique du canal de Panama, l'exploitation des flux migratoires et la spéculation actuelle du Bitcoin.
Avec Centroamérica, le théâtre offre une capacité d’action à une femme qui ne peut plus retourner dans son pays, exposant à la fois ses propres limites et son potentiel. À défaut de réparer l'Histoire, le théâtre s'y invite, brouillant les frontières entre faits et fiction pour esquisser les contours d'un continent uni, au-delà des nations et des responsabilités divisées.
Lagartijas Tiradas al Sol
Centroamérica est à la fois une création scénique, une installation et une publication. Nous nous sommes intéressé·es à une région qui nous était largement inconnue. Nous avons fait plusieurs voyages en Amérique centrale et installé un processus de recherche qui s’est petit à petit concentré sur la dictature nicaraguayenne, et sur le témoignage de femmes exilées en particulier. La publication qui accompagne Centroamérica sert en quelque sorte de manuel d’histoire, de livre de contextualisation destiné aux lecteur·ices qui n’ont pas de connaissance préalable de la région. Elle tente de fournir un cadre pour aborder la production scénique.
Ce projet est porté par plusieurs éléments. D’une part, il permet de parler d’autre chose que de nous-mêmes. On attend généralement des artistes du Sud global qu’iels parlent de leurs expériences de vie – c’est une exigence courante sur le marché. L’art doit être lié à l’identité de l’artiste pour avoir voix au chapitre. Après nous être intéressé·es pendant de nombreuses années à l’histoire du Mexique, nous nous sommes demandé·es ce que ça donnerait de travailler sur un sujet que nous n’avons pas vécu nous-mêmes. Il y a une valeur esthétique dans la rupture avec cette exigence de vécu.
Nous ne sommes pas sociologues, ni théoricien·nes politiques, et nous nous interrogeons en permanence sur la plus-value du théâtre. Nous avons souvent eu recours à la fiction, parce que même en travaillant sur la réalité, l’espace fictionnel est unique. Souvent, la meilleure façon de parler d’une chose, ou de connaître une personne, est de prendre un peu de recul, de se déplacer, et de voir les choses d’un point de vue extérieur. Pour nous, cet extérieur est la fiction, un espace privilégié pour observer la réalité, dans la mesure où ce n’est pas exactement la réalité. Le théâtre permet d’imaginer le monde différemment, d’ouvrir la porte à d’autres réalités bien au-delà d’une réalité qui, parfois, se révèle bien cruelle. Nous pouvons inventer la fin d’une histoire, ou décider d’interrompre la nôtre.
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Généralement, nous, Lagartijas Tiradas al Sol, nous définissons comme un groupe d’artistes. Mais nous sommes aussi un collectif de personnes qui, au fil des créations, a tissé des liens d’amitié, de complicité et de solidarité depuis plus de 20 ans. Nous considérons l’espace créatif comme une opportunité pour développer et interroger notre propre vécu, nos points de vue, notre contexte et notre histoire. C’est un lieu où poser les questions qui nous serviront de boussole, tant dans la vie privée que dans les communautés auxquelles nous appartenons. Comme tant d’autres, nous cherchons à combiner vie privée et vie professionnelle, à dessiner ou abolir des limites. Nous travaillons sur le réel, mais la fiction est l’élément qui nous permet d’enrichir la puissance du récit, d’étirer le paysage ou de proposer une transformation. La fiction nécessite la création d’un espace pour penser, articuler, déplacer et décortiquer ce que le quotidien écrase, néglige et nous présente comme un acquis. Nos projets sont presque toujours mis sous forme théâtrale, mais nous produisons également des livres, de la radio, de la vidéo et du cinéma, du matériel didactique ou des projets curatoriaux.
Nous avons décidé de créer une troupe de théâtre
qui travaillerait sur la base de principes précis, et sur des sujets urgents :
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Nous travaillons avec ce que nous avons à disposition en matière de matériel, de ressources humaines et économiques, en essayant de ne pas prévoir des plans de production de l’ampleur de ceux de nos voisins du nord.
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Nous souhaitons être responsables des discours que nous portons en tant que comédiennes et comédiens. Nous écrivons et interprétons donc nos propres textes.
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Nous avons décidé de cultiver nos relations internes. Nous les envisageons comme une expérimentation nous permettant d’imaginer la société que nous désirons, sachant que les rôles et les structures du collectif déterminent les fonctionnements et doivent rester flexibles d’un projet à l’autre. Cela nous aide
à travailler avec des hiérarchies, tant qu’elles restent temporaires.
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Nous prévoyons de travailler sur le long terme (le projet d’aujourd’hui ouvre la voie à celui de demain).
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Nous essayons de nous conformer aux besoins de la société dans laquelle nous sommes né·es, avons grandi et vivons encore aujourd’hui, avec ses inégalités et ses énormes injustices.
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Le format théâtral n’est pas pour nous une fin en soi ; c’est un point de départ, un accompagnement, un guide pour mettre en scène.
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Nous testons les conventions et les technologies qui définissent notre identité générationnelle, comme l’utilisation de langage cinématographique dans la mise en scène, par exemple.
Ces idées demeurent des phares vers lesquels nous souhaitons nous diriger.
Nous avons travaillé sur l’autobiographie, la mémoire, l’histoire et les phénomènes sociopolitiques du présent (principalement au Mexique, même si nous nous sommes récemment intéressé·es à notre rapport à d’autres territoires). Tout est présenté dans un langage documentaire et complété par l’enchantement de la fiction.
- Luisa Pardo & Lázaro G. Rodríguez, Lagartijas Tiradas al Sol, avril 2026
Traduit par Diane Van Hauwaert
09.05
- 20:30
10.05
- 16:30
- Nouvelle représentation ajoutée
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12.05
13.05
14.05
- 17:00
- + aftertalk modérée par Silvia Bottiroli (EN)
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15.05
Présentation : Kunstenfestivaldesarts, Beursschouwburg
Interprétation et coordination : Luisa Pardo, Lázaro G. Rodríguez | Conception lumière et de l'espace : Sergio López Vigueras | Conception et réalisation des rideaux : Pedro Pizarro | Assistante à la mise en scène : Macaria Reyes | « María » : Ella fuerte | Assistant·es généraux·ales : Janet Vázquez, Manu Guerrero | Témoignages : Dora María Téllez, Gabriela Selser, Rafael Camacho et des hommes et femmes nicaraguayens en exil qui ont raconté leur histoire mais ne peuvent être cité·es pour des raisons de sécurité | Image de l’affiche : Cecilia Porras Saénz | Images d’archives : Filmoteca de la UNAM | Images du Nicaragua 2018 : Rafael Camacho, Chilly Smit
Production : Lagartijas Tiradas al Sol | Coproduction : Centro Cultural España en México, Teatro Casa de la Paz, UAM, Théâtre Joliette, Théâtre de Lenche, Pontificia Universidad Católica del Perú