18 — 22.05

Cedric Mizero Kigali-Gishoma

UMUNYANA

danse / arts visuels

La Raffinerie

Venue avec une chaise roulante à annoncer lors de la réservation en ligne ou via la billetterieAccessible aux personnes en chaise roulante | Kinyarwanda → NL, FR, EN | ⧖ +- 1h30 | €18 / €15

Dans la culture rwandaise, Umunyana est un esprit qui se manifeste sous la forme d’une petite vache. Son apparition peut annoncer chance et longévité, mais aussi la mort. La vache, omniprésente au Rwanda, y revêt donc une dimension spirituelle, presque sacrée. Et pourtant, on en abat des troupeaux entiers. La pratique de Cedric Mizero, artiste autodidacte originaire de Kigali, se situe au confluent des arts plastiques, de la danse et de la performance. Dans ce spectacle, il s’interroge sur ce paradoxe : comment peut-on tuer ce qu’on vénère ? Des récits fictifs se mêlent à des souvenirs d’enfance et des rites culturels ; le mythe se confond avec l’histoire.

Dans une scénographie répartie sur deux espaces, sur fond de vidéos de paysages et rassemblements rwandais, des performeur·euses soufflent dans des cornes et se livrent à une danse qui fait penser au piétinement d’animaux. Tout en évoquant un monde rural en voie de disparition, Mizero met en évidence les ambivalences entre tradition et consommation, protection et violence. L’abattage à grande échelle du bétail devient une métaphore du génocide. UMUNYANA illustre ainsi à la fois le traumatisme collectif, la transformation accélérée d’un pays et les liens invisibles entre l’humain, l’animal, le passé et la terre.

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Comment peut-on tuer ce qu’on vénère ?

Aisha Dème – Que signifie Umunyana ?

Cedric Mizero – Umunyana est une sorte de mythologie. C’est un mot qu’on utilise pour désigner un esprit qui apparaît sous la forme d’une petite vache. On dit souvent que si tu peux voir Umunyana, cela veut dire que tu as de la chance et que tu vas vivre longtemps. C’est une figure qui apporte la longévité. Ce que j’aime aussi, c’est que ce mythe se raconte de différentes façons : certain·es y voient une force positive, d’autres une menace, car on dit aussi que si l’esprit te voit en premier, tu peux mourir. Cette ambivalence m’intéresse, car elle unit les gens autour de croyances multiples, et relie aussi la vache à une dimension spirituelle, presque divine.

Quel message cachez-vous derrière UMUNYANA ?

Je ne sais pas si c’est un message. Je le vois plutôt comme un retour vers moi-même. C’est en quelque sorte une recherche de nous-même, de notre manière d’habiter le monde. Ce questionnement n’appartient à personne, il naît en nous, puis il choisit où aller. Pour moi, le vrai « message », ce sont nos présences et notre vie au présent. Ce n’est pas seulement un message, c’est aussi une manifestation de mémoire. Une façon de la rencontrer et de chercher une forme de guérison : du passé, du présent ou du futur.

La vache est un être important dans la culture rwandaise. En quoi était-ce important de créer une performance autour d’elle ?

Ce n’est pas la vache en tant qu’animal qui m’intéresse, mais ce qu’elle symbolise. Pourquoi la vache, et non la chèvre ? La vache n’est pas seulement un symbole : elle occupe une place essentielle dans notre vie quotidienne au Rwanda. On dit que la vache est notre sœur, que nous partageons avec elle le même sein. Mon travail est une exploration de ce lien, mais aussi de la question de la mémoire. De ce que je porte en moi comme trace du passé, de ces souvenirs d’enfance qui reviennent sans cesse. Cette pièce explore cet espace intime à travers le chant, la musique et la danse. Elle devient un lieu où je rêve à nouveau, mais aussi où je suis contraint de revisiter ce dont je me souviens. Nous sommes invité·es à entreprendre ce voyage imaginaire, dans un univers où l’amour du peuple pour les vaches est si fort qu’il ne peut s’exprimer qu’en chansons ou en paroles – au point de frôler une forme de maladie mentale.

Vous évoquez la contradiction entre la vénération traditionnelle des vaches et leur abattage. Comment cela se manifeste-t-il dans votre œuvre ?

J’ai été profondément marqué par la brutalité de l’abattage, par ce que cette contradiction dit de nous. Plus jeune, j’y ai assisté, et ces images m’ont hanté. À partir des récits que l’on nous faisait, j’imaginais la vache comme un esprit divin, et pourtant on l’abattait sous nos yeux, parfois même en tant que divertissement. Cette mémoire persiste, avec une question : comment peut-on tuer ce qu’on vénère ? Je le vis comme une trahison mais je ne me mets pas en retrait de toute cette histoire. À travers mon travail, j’essaie d’évoquer ce qui se joue en cachette sous la forme d’un poème. Je ne dis pas : « il ne faut pas » ou « c’est mal », parce que je fais moi-même partie de ces gens-là, je ne suis pas différent. Dans un passage précis du film, vous verrez toutes sortes de personnes, et vous me verrez aussi, moi, né dans ce pays et traversé par le même traumatisme.

Pourriez-vous nous en dire plus sur la forme du spectacle, pourquoi la scénographie est-elle répartie en deux espaces ?

Pour moi, le public doit traverser les différents espaces de la performance vidéo, ne pas y demeurer de manière passive. Le mouvement, physique et émotionnel, est très important dans cette performance. Mon travail, je le veux toujours interactif, je veux que la présence du public fasse partie du moment vécu. J’adore avoir le sentiment de pouvoir traverser mes rêves la nuit. Dans UMUNYANA, c’est ce sentiment que devrait susciter le mouvement d’un espace à l’autre auprès des spectateur·ices.

 

  • Extraits d’un entretien réalisé par Aisha Dème dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, juillet 2025

Aisha Dème est une auteure sénégalaise, spécialiste des arts et des industries créatives en Afrique, fondatrice et directrice de Siriworo, une agence d’ingénierie culturelle.
 

Isazi Yamaze Inka

(La mouche a dévoré la vache)

Couronne cornue

Iels ont passé la nuit !

Espérons le lieu où se reposent les vaches, où elles se reposèrent, rayonnantes auprès de leur veaux.

Soyez calmes à présent, vous avez passé la nuit.

Retrouvez votre calme, vous avez passé la nuit.

Vous avez passé la nuit, Rugamba, homme trop fort pour les traîtres.

Je parle d’Amarebe, les larges grilles du troupeau de Gacinya.

Je parle d’Amatani, vache d’un héros intrépide.

Je parle d’Ibihogo, dont la force terrasse les rivaux.

Je parle d’Igaju, vache d’une magnifique génisse.

Notre vache est noire, noir d’encre comme la nuit.

La plus belle, gentille, de toutes.

Elle vient de Ruramba, où un jour naquirent des guerriers.

Sa mamelle peut nourrir deux veaux à la fois.

Je les rassemble toutes, avec les vaches de notre maison de Gikaka.

Et Seruhimba, les tiennes aussi à Ruhimbi de Kigina.

Lorsqu’elles broutent, ne s’engraissent-elles pas pendant la saison d’abondance ?

Femmes Amagaju, souvenez-vous comment apaiser notre désir.

Levez vos bras dans la danse, vous penchant comme le roseau au bord de l’eau.

Berger, toi qui mènes les veaux, demande au passage de pierre :

Lorsqu’elles broutent, ne s’engraissent-elles pas pendant la saison d’abondance ?

Suivez-la.

  • Traductions par Diane Van Hauwaert

18.05

  • 20:00

19.05

  • 20:00
  • + aftertalk modéré par Eric Cyuzuzo (EN)

21.05

22.05

Présentation : Kunstenfestivaldesarts, Charleroi danse
Concept et direction artistique : Cedric Mizero | Avec : Dawidi, Sylvia Munyana, Ismael Nemeyemungu | Collaborateur vidéo et dramaturgie : Yvan King Mukunzi | Assistant : Claude Nizeyimana | Costumes et accessoires : Cedric Mizero, Mackson Maximilien, Gaë2an | Régie lumière : My Bertin
Production : Alejandro Jiménez Santofimio, Louise Mukamusana Mutabazi | Coproduction : Festival d’Automne à Paris, SPIELART, Compagnie Kadidi

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