Korakrit Arunanondchai & Alex Gvojic Bangkok / New York

No History in a Room Filled with People with Funny Names 5

installation vidéo

Les Brigittines

| Thai → FR, NL, EN | ⧖ 35min | €10 / €7 | Réservez votre créneau horaire

En 2018, une équipe de jeunes footballeurs a été prise au piège dans une grotte à Chiang Rai en Thaïlande. Cet événement a été l’un des plus médiatisés du pays. Si tous les garçons n’avaient pas la nationalité thaïlandaise, elle leur a été vite accordée, afin de faire d’eux des héros nationaux à leur sortie. Dans No History in a Room Filled with People with Funny Names 5, Korakrit Arunanondchai et Alex Gvojic entremêlent cet épisode au ghost cinema, une tradition de projections réservées aux esprits, sans spectateur·ices. Ses racines remontent à la présence américaine sur le sol thaïlandais durant la guerre du Vietnam. Les soldats projetaient des faisceaux lumineux dans les arbres pour tromper leurs adversaires et la population associait ces lumières à des fantômes. Arunanondchai et Gvojic crééent une œuvre visionnaire : une enquête sur le nationalisme, le droit d’asile et les croyances, présentée dans la chapelle des Brigittines. No History in a Room Filled with People with Funny Names 5 devient un triptyque de cinéma élargi qui résonne avec l’architecture de l’église ; un voyage fantomatique guidé par des lasers verts entre transcendance, opérations militaires et la vision infrarouge des missions spéléologiques.

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No History in a Room Filled with People with Funny Names de Korakrit Arunanondchai

L’artiste revient sur la réflexion derrière son dernier film de notre série dans un entretien avec le commissaire d’exposition Andrea Lissoni.

Le projet Painting with history in a room filled with people with funny names 5 de Korakrit Arunanondchai a débuté en 2013. Il fait partie d’une série qui combine vidéos, performance et installation dans le but d’explorer la relation entre nature, technologie et émancipation sociétale.

Dans ce cinquième épisode, Arunanondchai collabore avec Alex Gvojic pour analyser les relations entre les êtres humains et les autres animaux dans le contexte de la Thaïlande contemporaine, mêlant rites, fiction et réalité tout en réfléchissant au passé et au futur du pays. L’artiste a partagé quelques unes de ses réflexions avec le commissaire d’exposition Andrea Lissoni. (art awereness)

D’après de nombreuses interviews et critiques de votre travail, il semblerait que le feu apparaisse comme un élément moteur récurrent dans vos vidéos et peintures. Toutefois, je suis fasciné de constater à quel point l’eau infiltre vos œuvres autant qu’elle en découle. Il y a quelque chose d’éphémère et de transformateur dans sa présence. Tout coule et dérive simplement d’une scène à l’autre. Il n’y a jamais de véritable mur, chaque séparation est perméable. Tout est poreux, comme consti-tué de membranes. Pour la 9e édition de la Biennale de Berlin, vous avez créé une installation in situ à bord d’un bateau qui montait et descendait le long de la rivière Spree. Pour découvrir l’œuvre, il fallait descendre dans le bateau. De cette manière, les visiteur·euses qui regardaient la partie vidéo de l’installation n’étaient pas juste en train de flotter, iels étaient littéralement sous l’eau. L’expérience consistait à se faufiler pour trouver refuge sous une mangrove.
Absolument, je n’avais pas pensé à cela. Sur le pont du bateau, il y avait des sculptures qui ressemblaient à des arbres. De ce fait, c’est vrai que quand on était dans la salle vidéo en-dessous, c’est comme si nous étions à la hauteur des racines. Je m’intéresse aux tombeaux anciens et aux rites funéraires, particulièrement ceux de l’époque des hommes et des femmes de Néandertal ou même des grands singes. Il y a des millions et des millions d’années qui séparent les singes des homo sapiens. Des scientifiques ont découvert que, pendant cette période, il y a un moment où iels ont commencé à voir la beauté des choses et même à se connecter au sacré en disposant des objets de façon rituelle. Ce que j’essaye de faire, c’est de reproduire très subtilement ces moments.     

Une sculpture se dressait au bout de la salle d’exposition au J1 à Marseille – une pierre tombale, un reliquaire ou un monument. Qu’est-ce que cela signifiait ?
Dans la vidéo, la performeuse boychild incarne tou-jours la figure de la Naga – un personnage non-humain, une Gaia dont le corps peint en vert est inspiré d’un serpent mythologique issu de la tradition bouddhiste. À la fin de la vidéo, comme missionnée par la nature, elle sort et met en terre mon personnage, qui est une sorte d’avatar de moi-même. Comme un mouvement vers cet autre monde aux contours flous, comme pour dire « je suis épuisé et je change juste d’état ». Les êtres humains veulent toujours laisser une trace derrière eux. Souvent, c’est la raison pour laquelle iels construisent des temples, des palaces, des monuments, des pyramides. Quand le·la visiteur·euse quitte la pièce, c’est comme si son heure avait sonné, elle s’est déjà métamorphosée en son propre tombeau étrange prêt à être vénéré. Pour moi, c’était en quelque sorte le point culminant de l’exposition.

Dans la performance avec boychild, vous utilisez aussi une harpe laser dont les faisceaux verts apportent une certaine verticalité (et élévation) à l’ensemble. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus là-dessus ?
C’est un peu comme un nouveau rituel que j’intègre à mes performances. Concrètement, il s’agit d’un instrument de musique. Quand on touche un faisceau laser, un capteur lié à un contrôleur MIDI active un son. Le compositeur Aaron David Ross est l’un de mes plus proches collaborateurs, il a composé le son et la musique pour mes dernières vidéos. Je venais de terminer History in a room filled with people with funny names 4 et je réfléchissais à un moyen d’en faire une performance. Je voulais créer une installation sonore à partir de quelque chose d’invisible, d’impalpable et d’en faire une sorte de sculpture lumineuse qui, à son tour, deviendrait la bande-son et la trame de la performance de boychild. J’en ai parlé à Aaron et il m’a répondu : « Eh bien, y’a ce truc qui s’appelle une harpe laser. Tu devrais en trouver une et l’essayer. » Il y a quelque chose d’extraordinaire dans le fait de pouvoir toucher la lumière.

Est-ce que vous aviez un scénario pour la performance ?
Oui, boychild et moi l’avions écrit ensemble. J’ai retiré la majeure partie du son de toutes mes vidéos et je lisais à voix haute en thaïlandais tandis que, dans l’autre pièce, boychild jouait un nouveau personnage qu’elle appelle le « poisson nettoyeur », qui ramasse les morceaux déchirés de mon script. Chaque personnage ou chaque version d’elle-même qu’elle incarne dans la vidéo vient ajouter son propre éventail de mouvements.

Alex Gvojic, un autre de mes collaborateurs de longue date qui réalise généralement les vidéos et veille sur la mise en espace, portait le même costume en jean que nous et la filmait tout en faisant partie intégrante de la performance en tant que vidéaste performeur. Ensuite, la vidéo de boychild était en quelque sorte montée en direct et projetée sur l’écran sur lequel je lisais. Cela créait une forme de boucle dans laquelle je pouvais la toucher par ma voix, qu’elle ne pouvait pas comprendre puisque je parlais thaïlandais. À la fin de la vidéo, je me rendais dans l’autre pièce et nous jouions la partie avec la harpe laser. Cela me donnait une impression de déjà vu, ou de distorsion temporelle. Et je pense que le public avait cette même impression. Dans un sens, c’est un peu comme pour la tombe verte de boychild à la fin de l’exposition alors qu’on l’avait vue dans la vidéo juste avant. Il se passe quelque chose d’étrange et de perturbant avec cette ligne du temps complètement détraquée, où ce que l’on a vu sur l’écran est aussi ce qu’on voit ensuite dans la pièce, presque comme si on avait pu observer le futur. C’est difficile à expliquer.

  • Ce texte est une version éditée d’un entretien entre Andrea Lissoni et l’artiste, d’abord publié dans le magazine KALEIDOSCOPE, numéro 33, Automne-Hiver 2018/19 et reproduit avec la permission de l’auteur.
  • Andrea Lissoni (Milan, 1970) est commissaire d’exposition et écrivain, actuellement directeur artistique de la Haus der Kunst de Munich.

Présentation : Kunstenfestivaldesarts-Les Brigittines

Création : Korakrit Arunanondchai, Alex Gvojic (avec boychild) | Caméra : Alex Gvojic, Korakrit Arunanondchai, Rory Mulhere, Yukontorn Mingmongkon, Jon Wang | Conception sonore, mixage : Aaron David Ross | Contribution musicale : Dj Richard, Final Mercy | Programmation : Michael Potvin (Nitemind) | Équipe de production de Bangkok : Suchada Sirithanawuddhi, Pises Wongsathianchai, Akerat Homlaor, Narong Srisophab, Tanawit Misa, Krissakorn Thinthupthai, Naporn Kongsuan, Nata Sato | Recherche, production : Nok Chida | Photographie fixe : Nick Sethi | Avec : boychild, Korakrit Arunanondchai, Tippayavarna Nitibhon, Varachit Nitibhon, Grace Church, Nana childcare and foster home, Ramasun Military Camp and Museum, Charlermchai Kositpipat and White temple, Dr. Susan Brown | Commande du Centre d'Art Contemporain Genève pour la Biennale of Moving Image 2018

 

→ see also: Stream of Thoughts

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