Chassol Paris

Après les trois magnifiques ultrascores (Nola Chérie en 2011, Indiamore en 2013 et Big Sun en 2015), qui l’ont fait connaitre dans le monde entier, travailler avec Solange ou Frank Ocean et jouer dans les salles les plus prestigieuses, Christophe Chassol rebat les cartes : Ludi, son nouveau projet, à la fois disque, film et spectacle, porte plus loin encore son grand dessein d’harmonisation du réel. C’est le jeu, ce mot si important en musique, qui fonde cette construction impressionnante de maîtrise, librement inspirée du Jeu des perles de verre, d’Hermann Hesse. De ce livre utopique du grand auteur allemand, où se télescopent musique, mathématique, esthétique et spiritualité, Chassol a imaginé un objet passionnant, toujours produit par Tricatel, le label de Bertrand Burgalat, qui justifie une fois encore sa place à part dans le paysage musical.             

Ici le Jeu, selon une construction empruntée au sociologue Roger Caillois, se décompose en quatre catégories : le hasard, le vertige, le masque et la compétition. Chassol filme plusieurs situations illustrant ces thématiques, puis leur applique son procédé d'ultrascore, en relevant les mélodies qu’il perçoit à travers le son des images.             

Tout y passe : en banlieue, une cour de récréation ou des basketteurs, à Tokyo une salle de jeux d’arcade, un grand-huit, la chanteuse Crystal Kay et le rappeur Kohh ; des musiciens solistes filmés à blanc, comme le flûtiste Jocelyn Mienniel ou le batteur Mathieu Edward, partenaire du compositeur, qui parvient sur scène à rejouer, en direct et dans un synchronisme parfait, le solo époustouflant qu’il avait improvisé à l’écran. Ces scènes inspirent à Chassol des compositions de très haute intensité. Il les enrichit de nouvelles techniques, faisant rechanter les mélodies tirées du tournage. On retrouve ainsi, pour cette harmonisation de l’harmonisation, les voix d’Alice Lewis, Alice Orpheus, Carine Chassol, Thomas de Pourquery, Mathieu Edward et Ala.ni, que Chassol incruste à nouveau à son montage et à son disque. Ils s’essaient ensuite à un "jeu de la phrase" céleste et magistral, où les mots deviennent des accords et se mêlent aux images qu’ils évoquent, retranscrites à l’écran par le dessinateur Gaëtan Brizzi, sur lesquelles Chassol applique ensuite sa grille de lecture très personnelle, ses mélodies et ses combinaisons d’accords inimitables.

Ludi est l’œuvre la plus complète, précise et épanouie de Chassol, qui crée un objet artistique nouveau, où l’auditeur devient l’interprète de sa musique, chaque écoute permettant de découvrir une infinité de points de synchronisation entre les images et les sons. Menant avec Ludi sa propre partie du jeu d’Hermann Hesse, Chassol peut désormais prétendre au titre de Ludi Magister, le maître du Jeu des perles de verre. Avec ce double-album il concrétise son ambition : composer une musique inédite qui nous remplit de joie et nous incite à la réflexion.

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