Romeo Castellucci Cesena

Buster

théâtre / performance — premiere

Esplanade de la Cité administrative de l’Etat

| ⧖ 40min | €22 / €18 | En plein air

La nouvelle performance in situ de Romeo Castellucci est construite sur neuf principes. « 01. L'action nécessite la participation d'une quarantaine d'hommes. 02. Ce ne sont pas des acteurs, mais des protagonistes de la scène. 03. Il n'y a pas de répétitions. 04. Chacun d'eux se voit attribué un uniforme de policier et une paire d'écouteurs invisibles. 05. Chacun d'eux reçoit en direct des ordres individuels et spécifiques. 06. Chaque policier doit exécuter l’ordre reçu. 07. Aucune improvisation n'est demandée aux policiers mais il est leur est sommé d’être dans un présent absolu. 08. Le policier et l'acteur sont une seule et même entité. 09. L'action se déroule de nuit, dans le centre-ville de Bruxelles ». Conçu pour le festival, Buster se déroule sur l'Esplanade de la Cité administrative, entre la préfecture de la police fédérale et la cathédrale Saint Michel et Sainte Gudule, et avec la ville comme scénographie de l’action. Il propose une réflexion sur le droit, la violence, la comédie et sur le rôle des acteurs, qui prêtent leur corps à des actions qui ne sont pas les leurs.

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Romeo Castellucci Buster initiating “Bros”

Buster a pris ses quartiers dans le centre-ville sans se faire remarquer, occupant l’Esplanade de la Cité Administrative, entre le siège de la police fédérale et la cathédrale des Saints Michel et Gudule. C’est la première fois que vous avez imaginé une performance dans l’espace public.
Buster a un lien avec la police. Étant donné que la performance se déroule devant le bâtiment central du commissariat de Bruxelles, la mimesis est complète. Ancrer les mouvements des policiers dans le territoire urbain, sur la scène d’un crime présumé, ne fait que renforcer cet effet miroir. Cela crée un chevauchement puissant qui nous désoriente et accentue la mimesis.

On pourrait facilement croire que la poignée de policiers qui traverse l’esplanade vient de sortir du commissariat.

Cet espace est en quelque sorte appréhendé comme un « objet trouvé environnemental », avec son système de signalisation et ses caractéristiques topographiques.

La ligne d’horizon qui s’étend à perte de vue dans l’espace urbain de l’Esplanade est une synecdoque de la ville entière. Le théâtre quitte la scène et investit la ville en faisant appel à un topos emblématique : la nuit. Ceci est une occupation directe et catégorique de l’espace : en quittant le lieu destiné à sa représentation, on découvre l’essence du théâtre, en dehors du théâtre, au cœur d’une ville sans fard.

Qu’est-ce qui motive la présence de cette poignée de policiers ?
Les policiers se fondent dans la nuit. Ils deviennent une présence étrange et fantomatique. Ce qui est surprenant, c’est l’absence de toute action criminelle. La police semble graviter autour d’un vide. On pourrait se croire dans un thriller, mais sans véritable crime. Une menace sans nom plane dans l’air. La raison derrière le déploiement de ce corps armé ne fait pas partie d’un récit linéaire. Il s’agit plutôt d’une latence, un décalage temporel du fait de ce côté nocturne et dérangeant. On pourrait dire que la présence des policiers prépare la scène du crime. Les policiers sont appelés pour un crime présumé qui coïncide avec la loi elle-même, un crime tautologique.

Quelque chose interfère avec les codes, qui ne sont plus logiques ni moraux. Des séquences se forment mais leur articulation débouche sur des impasses. Ce sont des actes manquants, comme dans une histoire qui, tout en se développant, se délite en de simples schémas d’actions basiques. Une obscurité épaisse enveloppe les personnages, formant des relations qui se chevauchent et donnent lieu à plusieurs intrigues possibles, mais aucune n’est rassemblée en une seule histoire, une seule trame narrative.

Le groupe de policiers est contrebalancé par celui des spectateur·ices. Chaque groupe compte presque le même nombre de personnes.
Les policiers déferlent comme une vague, vêtus de noir, armés, avec des matraques et des chiens. Certains moments collectifs voient apparaître des liens de fraternité qui naissent dans l’appartenance à un corps plus grand et dans le pouvoir extraordinaire des uniformes. Nous assistons au rituel du revêtement de l’uniforme, une initiation. Quelque chose glisse dans le domaine de l’ésotérisme. C’est une investiture par laquelle on devient membre du clan. Malgré cette tension, on assiste à des situations paradoxales, proches du comique. Ce n’est pas un hasard si la police est l’un des premiers sujets de l’histoire du cinéma. Les policiers étaient constamment considérés comme des seconds rôles au début du cinéma populaire et en particulier dans les comédies, associés au chaos, au ravage et à 
la confusion. Dans les films de Buster Keaton, les policiers, au lieu d’être des gardiens de l’ordre, sont activement garants du désordre. Dans Buster, la comédie laisse un goût de malaise, de micro-évènements qui se greffent sur un fond inquiétant.

Les gags et la police sont inexorablement liés à l’histoire du cinéma. Dans Buster, ce monde est-il convoqué par de microscopiques ratés comiques comme source de perturbation ? Servent-ils à altérer la norme en dévoilant son côté autoritaire ?
À l’origine, dans les sketches comiques, le « gag » désignait une petite lame placée dans la bouche pour empêcher de parler correctement. Il perturbait la syntaxe, faisait trébucher la voix et provoquait de petites fractures dans le discours. Le gag est un outil de trébuchement linguistique. Sa fonction est de dérégler l’habitude et de la remplacer par le désordre. Il a un lien avec la loi et le pouvoir de l’enfreindre. Il y a quelque chose d’anarchique dans la comédie, qui s’oppose à la loi : le comique, comme raison d’être de la loi.

Les situations comiques possèdent une duplicité qui devient dérangeante. On rit des déficiences et des victimes. Toutefois, ici, les policiers sont aussi ceux qui subissent la loi. Il y a donc des victimes des deux côtés, puisque les policiers eux-mêmes sont victimes des ordres qu’ils reçoivent en continu dans leurs oreillettes invisibles et auxquels ils ne peuvent échapper.

Les interprètes de Buster n’ont pas été choisis via un casting mais ont répondu à un appel à participation, ils viennent de la rue. Ils prennent possession de la scène sans répétition préalable, ils n’ont pas appris de rôle « à jouer », ils l’intègrent en répondant à des ordres qui leur sont donnés dans de petites oreillettes.

Les interprètes – des habitants de Bruxelles – se plient à un protocole pour « devenir policiers ». Ils prêtent une sorte de serment, acceptent une liste de pré-requis et se soumettent aux ordres. Leur tâche consiste à exécuter une série conséquente d’ordres sans flancher. Et, inévitablement, leurs ordres provoquent le désordre escompté. Il n’y a pas de place pour le libre arbitre, ni pour le choix. Il n’y a pas de temps. Ils doivent obéir immédiatement, sans réfléchir. Le temps est comprimé en un présent absolu, un abîme où seuls existent l’ordre et son exécution instantanée. Ce sont des pseudo-acteurs et, en tant que tels, les seuls protagonistes.       

L’acteur et l’action sont une seule et même chose, ils se superposent. C’est une façon de supprimer le concept d’identification dans le jeu, qui consiste désormais en ses propres actions, précisément parce qu’il n’y a ni place ni temps pour la psychologie. Les policiers sont pris au dépourvus et affranchis de leur responsabilité. Ils ne savent pas ce qu’ils font, comme les Soldats de Jésus, ils le font tout simplement. Par ce procédé et les failles qu’il produit, se révèle le cœur noir de la loi, ainsi que sa fonction primordiale : s’assurer que le crime se prépare à son propre avènement.

  • Conversation menée par Piersandra Di Matteo

Présentation : Kunstenfestivaldesarts-KANAL – Centre Pompidou-La Monnaie/De Munt

Concept, mise en scène : Romeo Castellucci | Avec : Antonio Montanile, Bira Lima, Christophe Jaccard, Costantino Giampiccolo, Cyriel Lucas, Etienne Jean-Marc, Gaëtan Charbonnier, Hippolyt Doucy, Jacques Sennesael, Jean Schabel, Jean Schatz, Jef Dewit, Jonas Wertz, Naïm Belhaloumi, Patrick Delandtsheer, Pierre Megos, Rafik Bellali, Thibaut Verspreet, Matteo Marongiu, Vadiel Gonzalez, Imad Auassar, Alain Stepman, David Bernardas Casteil, Thiago Antunes, Arno Verbruggen, Johannes Arnauts, Julien Neirynck, Bartel Busschaert, Jonathan Linga, Kiran Vassilieff | Musique : Scott Gibbons | Dramaturgie : Piersandra Di Matteo | Assistant mise en scène : Filippo Ferraresi | Directeur technique : Eugenio Resta | Régisseur : Andrei Benchea | Technicien lumières : Andrea Sanson | Technicien son : Claudio Tortorici | Costumière : Chiara Venturini | Sculptures scéniques, automates : Plastikart studio | Confection costumes : Grazia Bagnaresi | Directrice de production : Benedetta Briglia | Chargée de production : Giulia Colla | Promotion, distribution : Gilda Biasini | Equipe technique : Carmen Castellucci, Francesca Di Serio, Gionni Gardini, Caterina Soranzo | Administration : Michela Medri, Elisa Bruno, Simona Barducci | Consultant financier : Massimiliano Coli Societas | Coproduction : Kunstenfestivaldesarts, KANAL - Centre Pompidou, La Monnaie/De Munt, Printemps des Comédiens Montpellier 2020, LAC - LuganoArteCultura, Maillon Théâtre de Strasbourg - Scène Européenne, Temporada Alta 2020, Manège-Maubeuge Scène nationale, Le Phénix - Scène nationale Pôle européen de création Valenciennes, MC93 Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Ruhrfestspiele | Performances à Bruxelles en collaboration avec l'Italian Cultural Institute in Brussels

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