07.05, 08.05, 10 — 13.05.2011
Lagartijas Tiradas al Sol Mexico City
El rumor del incendio
théâtre
Espagnol → FR, NL | ⧖ 1h30
Lagartijas tiradas al sol, « lézards qui s’étirent au soleil » : sous ce nom se cache un collectif de jeunes artistes mexicains, présenté pour la première fois en Europe. Avec El rumor del incendio, ils se penchent sur un pan sulfureux de l’histoire mexicaine, les guérrillas des années 1960-70, en s’attachant particulièrement à l’expérience personnelle d’une femme, Margarita Urías. Ils utilisent ces mouvements de résistance armée comme filtre pour questionner notre présent, et notre futur. Quel héritage les aînés ont-ils laissé aux jeunes adultes d’aujourd’hui ? Que signifie la rébellion au XXIe siècle ? Comment politisons-nous nos vies ? À quoi faut-il résister et avec quels moyens ? S’appuyant sur des faits réels, des témoignages et des films d’archives, sans jamais tomber dans le didactisme, les acteurs retracent les événements avec des soldats de plomb et des modèles réduits filmés en temps réel. Comme s’ils jouaient à la guerre… Spectacle très visuel où l’histoire collective rejoint le lien personnel, El rumor del incendio met face à face le désir d’agir et la difficulté à construire des projets politiques porteurs d’espoir. Une découverte !
Contexte
Premier rapport à la Nation du président Luis Echeverría, 1erseptembre 1971
« Le Mexique persiste et évolue dans le cadre de sa Constitution. Il nous faut réaliser le renouvellement du pacte sur lequel l’unité nationale est fondée. C’est notre façon de maintenir le cap et d’accélérer le progrès de notre histoire. La Constitution résume les luttes et les aspirations du peuple. L’organisation politique, la protection individuelle et les droits sociaux qu’elle établit sont le fruit de quelque chose qui nous est particulier et qui ne peut être transféré. Ils indiquent le seul chemin le long duquel la vie des Mexicains peut avancer de manière libre et civilisée. Quand il y a des signes que nos standards du vivre ensemble sont en péril, nous devons les réaffirmer avec une conviction plus forte. Les générations présentes et à venir doivent savoir que si nous nous parvenons à préserver pleinement nos institutions, il n’y aura aucun objectif que nous ne parviendrons pas à atteindre. Les idéologies peuvent être concurrentes et les intérêts opposés, tant que le peuple et le gouvernement réalisent les préceptes de notre Loi suprême, le Mexique continuera d’aller de l’avant. (22 secondes d’applaudissement) Rien ne légitime la violation du règne de la loi. Des actions dites progressistes, que nous n’avons pas à tolérer, servent des intérêts contraires à ceux que leurs instigateurs affirment soutenir. (9 secondes d’applaudissement) Les expériences d’autres temps et d’autres pays prouvent que la propagation irrationnelle de la violence ne peut mener qu’à l’anarchie. Le Mexique a connu de grandes révolutions, auxquelles il doit sa stabilité, son progrès et son caractère national. C’est pour cela qu’il ne faut pas confondre des émeutes insignifiantes ou des politiques clandestines avec la véritable transformation du pays. Nous sommes une nation qui se développe rapidement, dont les institutions protègent à la fois les libertés individuelles et le bien-être collectif, et dont la paix intérieure est la meilleure défense de sa souveraineté. Nous respectons toutes les croyances et idéologies. Personne n’est persécuté pour exercer ses droits politiques et jouir de ses libertés. Nous ne tentons pas d’uniformiser la pensée ; bien au contraire, nous aspirons à ce qu’une réflexion critique, honnête et sincère, contribue au progrès social. C’est la raison pour laquelle la conscience nationale rejette les aventures de chaos. Nous, Mexicains, avons décidé de préserver la démocratie. Nous voulons que la vie de nos citoyens et le courage des générations se développent sans crainte. Il nous faut déraciner la rancœur et unir nos aspirations pour faire face à l’avenir en nous appuyant sur la valeur morale de la nation entière. »
À propos du projet La Rebeldía
Un regard critique sur le passé peut-il changer l’avenir ? Quel était le monde de nos pères ? Qu’en avons-nous hérité ? Quelles batailles ont été menées avant notre naissance ? Où sommes-nous nés ? Que signifie la rébellion au XXIe siècle ? Quelle forme la dissidence adopte-t-elle de nos jours ? Comment pouvons-nous construire un pays meilleur ? Comment pouvons-nous réduire les inégalités ? Comment pouvons-nous obtenir nos droits et notre liberté ? Comment politisons-nous nos vies ? Le Mexique peut-il changer à travers la lutte armée ? Non ? Alors, comment peut-il changer ? Le changement peut-il être à la fois révolutionnaire et institutionnel ? Comment pouvons-nous en être les acteurs ? Existe-t-il d’autres systèmes pour diriger les choses ? Pourquoi est-il si difficile de critiquer le système actuel ? Faudrait-il en inventer un autre ? Serait-il meilleur que l’actuel ? Une erreur du passé pourrait-elle être une clé pour l’avenir ? Comment redonner espoir ?
Le projet se compose de trois segments :
Nous partons du besoin de nous réfléchir sur autrui : voir notre époque en relation à d’autres générations, créer des coordinations pour définir notre place dans le Mexique des années 2010 ; de l’idée de raconter une histoire qui ne cherche pas à valider un état des choses, nous voulons modeler une narration qui permet de nous situer nous-mêmes, de nous comprendre, de fixer le présent comme un moment dans un processus qui ne commence ni ne termine aujourd’hui.
Pendant les années 60 et 70, de nombreux groupes de guérilla ont surgi au Mexique, avec des différences notables sur le plan politique et idéologique. La principale division se situait entre les mouvements armés ruraux et urbains : alors que les premiers cherchaient la solution à certaines demandes concrètes liées à leur lieu d’origine, les seconds cherchaient en général à changer le monde.
Le résultat de ces épisodes a donné un nombre indéfini de morts, de prisonniers politiques et environ un millier de disparus. Ces mouvements ont inclus des jeunes gens des classes rurales, populaires ou moyennes, qui considéraient les actions révolutionnaires comme le seul moyen de changer un État qui ne répondait pas à leurs demandes.
Il vient un temps où certains hommes et femmes estiment qu’un autre mode d’existence dans le monde est non seulement préférable, mais qu’il leur est intolérable de faire partie d’une réalité qui fonctionne sur ce mode. En conséquence, ils sont prêts à risquer leurs vies s’ils peuvent ainsi renverser le système existant. Cela s’appuie souvent sur la prémisse : « Se placer en marge de la loi est la seule position honnête quand la loi est injuste et mise en place pour servir les intérêts d’une minorité au détriment de la majorité ».
Quel degré de volonté ou de justification faut-il atteindre pour risquer sa propre vie, quand la passivité est si facile et si naturelle ?
Qu’est-ce qui a incité ces gens à prendre les armes, à renoncer au confort et quitter l’inertie du quotidien pour poursuivre le changement ?
Walter Benjamin a écrit : « Marx dit que les révolutions sont les locomotives de l’histoire du monde. Mais peut-être en est-il tout autrement. Peut-être les révolutions ne sont-elles pas le voyage en train, mais le signal d’alarme que tire l’espèce humaine. »
Ainsi, pleinement conscients des différences qui nous séparent du Mexique des années 60 et 70, nous nous sentons plongés dans un état de profond malaise. Malades. Dans un pays où nous sommes devenus insensibles aux inégalités et, dans notre esprit, incapables de forger des projets politiques susceptibles d’être porteurs d’espoir.
Nous nous sentons sanglés dans une camisole de force, avec l’impression très répandue que le monde est fermé pour de bon et qu’il n’existe dorénavant plus qu’un seul système d’organisation politique, sociale et culturelle. Un système qui se révèle par ailleurs très difficile à critiquer, même si nous sommes amenés, dans notre vie quotidienne, à faire face à ses énormes défauts et ses terribles inconvénients.
Indignation, résistance, protestation, divergence, révolte et insurrection nous apparaissent comme des concepts du passé. Ce projet est loin d’être un cri de ralliement pour prendre les armes ; il s’agit d’une tentative de restaurer l’idée de l’utopie et de la possibilité de créer une nouvelle pensée, nous permettant d’imaginer des mondes plus équitables. Voir le dessin dans l’esquisse et avancer quelques idées sur l’avenir. Nous espérons qu’elles se diffusent, nous saurons plus tard si elles atteignent leur destination.
Les raisons du cœur ne devraient pas être mises en doute, il faudrait leur obéir et les respecter.
Lagartijas tiradas al sol, Mexico City, 2010
Traduction : Christopher Griffin & Isabelle Grynberg
Créé par
Lagartijas tiradas al sol
Coordination & texte
Luisa Pardo & Gabino Rodríguez
Avec
Francisco Barreiro, Luisa Pardo & Gabino Rodríguez
Acteurs (vidéo)
Harold Torres, Cesar Ríos & Mariana Villegas
Recherche iconographique & design
Juan Leduc
Vidéo
Yulene Olaizola
Lumières
Marcela Folres & Juanpablo Avendaño
Assistant
Mariana Villegas
Assistant vidéo
Carlos Gamboa & Genaro Rodríguez.
Modèles
Francisco Barreiro
Conseillé technique pour la vidéo
Emiliano Leyva
Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre L’L
Production
Lagartijas tiradas al sol (Mexico City), Teatro de la Universidad Nacional Autónoma de México