The May Events

1968-2018

    16/05 - 20/05

Cinquante ans après les événements de mai 68, The May Events explore la pluralité – souvent cachée – des récits qui pourraient en découler, pour à la fois retracer une cartographie complexe du passé et examiner les multiples perspectives d’avenir. De la révolte des ouvriers de Detroit à une réflexion sur les manifestations estudiantines au Mexique, telle qu’elles apparaîtront en 2048, The May Events présente une stratification de temps et de fictions : non seulement une remontée dans le temps et une observation – à partir de là – des urgences actuelles, mais aussi une projection de nous-mêmes dans le futur et une spéculation quant à la forme qu’aura alors revêtue le présent. Articulé sous forme d’expositions, d’une installation performative, de moments discursifs, d’ateliers et de visites guidées, le programme – qui se déroule à l’INSAS, une école d’art – invite l’art en tant que paysage où peuvent éclore de nouveaux récits.

PROGRAMME

The May Events continueront le 23 > 26/05 au Vooruit à Gand.

Introduction
Les événements de mai mentionnés dans le titre sont ceux du mois de mai 1968, dont on célèbre le 50e anniversaire, mais également les propositions et projets artistiques regroupés dans le cadre d’un programme à l’école d’art INSAS de Bruxelles et au Vooruit à Gand. Les activités et performances qui y sont proposées ont pour vocation de réactiver et de conjuguer au présent des questions sur la temporalité, les formes de contestation, de révolte, et la possibilité de « séquences révolutionnaires ». 

Le programme présente et explore ces moments de pure potentialité, inspirés par les contextes et les enjeux du présent, se détachant sur un arrière-plan global constitué de singularités radicales. La référence historique est interrogée, éprouvée ou tout simplement éclipsée, et la coexistence du passé, du présent et du futur est complexifiée par les moyens de la fiction, entendue comme nouage entre spéculation, activisme et intervention. La fiction, en tant que dispositif de probité, met le cap sur le réel. 1968 se trouve ainsi pluralisé et démultiplié, grâce à des artistes et des pratiques engagés dans des réécritures du passé contre-hégémoniques, mettant en lumière d’autres histoires et paysages des mouvements de 1968 et mesurant la distance entre les jours d’antan et le temps présent. C’est de cela qu’il s’agit dans les travaux de Pamina de Coulon, qui à travers la réappropriation de slogans et de déclarations, génère une série de banderoles et revendique la possibilité de faire repartir l’insurrection sur de nouvelles bases ; de même que pour Lagartijas Tiradas al Sol, dont l’installation performative revisite le mouvement de 68 à Mexico à travers la fiction d’un film documentaire qui se passe dans le futur.  

Notre présent est également situé dans l’histoire. L’engagement à son égard, et la production d’un à-venir qui ne peut advenir que dans le moment que nous partageons, est un autre fil rouge qui innerve plusieurs propositions artistiques. Les artistes traquent les luttes qu’il nous faut mener pour demeurer humains, et les nouveaux horizons qu’il faut déployer à l’intention des générations futures. Une question ressort, tributaire des mécanismes de reproduction des privilèges et de la nécessité de s’ouvrir à la diversité dans un milieu artistique qui n’est pas immunisé contre les pathologies qui ont cours dans la société en général. Ces mêmes traits sont saillants dans Decolonial Guided Tours, réalisé en collaboration avec le Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations à Matongé, abordant le lien entre la période coloniale et la première vague d’immigration africaine à s’être établie dans le quartier.  

En considérant les contextes contemporains où l’art et la culture sont en péril, et où les enjeux politiques afférents reviennent en force, le programme invite des artistes brésiliens à un débat public (Art & Populism. Brazilian Arts under Attack) modéré par Leandro Nerefuh, où il sera question des relations entre art et populisme dans un pays où les forces conservatrices menacent la culture et instaurent une nouvelle censure légale.  

Produire et partager des savoirs, améliorer les conditions du travail en commun et proclamer la nécessité de plateformes alternatives et de formes d’échanges égalitaires, pour citer quelques-unes parmi les revendications les plus fécondes des mouvements de 1968 en Europe, sont aujourd’hui réactivées par de nouvelles générations d’artistes. Des modes alternatifs de production et de partage des savoirs sont au coeur de la pratique collective de lecture proposée par Ivana Müller avec Notes, où l’annotation d’un livre commun fait émerger la lecture comme gestuelle collective et silencieuse. Il en va de même pour Michiel Vandevelde avec The Political Party (hosting a public library and a reading club). Écoles et universités font également partie des lieux où peuvent être expérimentés d’autres distributions des forces, et les étudiants de l’INSAS ont scellé la présence du festival dans leur école à travers deux puissants gestes d’appropriation : un Ciné Club, qui comprend deux projections en plein air liées aux thématiques qui sous-tendent The May Events, et une assemblée étudiante, qui regroupera des étudiants issus d’autres écoles d’art de la ville. Enfin, les étudiants en art sont invités à participer à deux workshops dispensés par certains artistes de The May Events (Gabino Rodríguez / Lagartijas Tiradas al Sol et Ivana Müller).  

Hébergé par une école d’art et généré par le désir de se confronter à la complexité qui trame la texture du temps, le programme offre une temporalité dilatée où le public est invitée à flâner, à profiter de la compagnie des oeuvres et des interventions, à les traverser comme à en être traversés, à passer d’un état, aussi bien que d’une étape à l’autre, et à expérimenter un temps commun. Une dimension transformatrice pourrait naître des agencements enchevêtrés de la réalité et de la fiction.

Silvia Bottiroli, curatrice

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