El pasado nunca se muere, ni siquiera es pasado

    16/05  | 19:00 - 22:00
    17/05  | 18:00 - 22:00
    19/05  | 18:00 - 22:00
    20/05  | 18:00 - 22:00

TICKETS »

€ 8 / € 6 (-25/65+)
± 30min 
ES > EN
Rencontrez les artistes après la représentation du 17/05
Dans le cadre de The May Events @ INSAS, 16>20/05

Pourquoi penser le présent à partir du présent ? En pénétrant dans la nouvelle installation performative de Lagartijas Tiradas al Sol, on se retrouve en 2048 et on écoute l’interview d’un groupe d’artistes qui ont entamé il y a trente ans – en 2018 – un projet de film qu’ils n’ont jamais achevé. Ce film soulevait (ou peut-être soulève ?) la question de l’héritage de 1968 et des révoltes estudiantines mexicaines, auxquelles le massacre de Tlatelolco vient mettre fin. Après El rumor del incendio, une pièce dans laquelle la compagnie évoquait les guérillas mexicaines durant les années 60 et 70, Lagartijas Tiradas al Sol revient au festival dans le cadre du programme The May Events avec une installation qui réunit le cinéma et la performance, nous invitant à voyager en un temps très bref dans un futur où l’on peut imaginer le présent et dans un passé immortel qui, comme l’indique le titre, n’est même pas le passé. Il s’agit également d’un espace où réalité et fiction convergent : cette installation est en effet la première étape d’un futur film que la compagnie réalise actuellement…

Un projet de
Lagartijas Tiradas al Sol

Concept & coordination
Gabino Rodríguez

De & avec
Francisco Barreiro & Gabino Rodríguez 

Collaboration artistique
Luisa Pardo 

Conseillers artistique
Bernardo Gamboa & Chantal Peñalosa

Vidéo
Juan Pablo Villalobos, Nicolás Pereda & Christian Rivera 

Création lumières
Sergio López Vigueras 

Recherches iconographiques
Juan Leduc 

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, INSAS 

Production
Lagartijas Tiradas al Sol

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Nous avons à souffrir non seulement des vivants, mais aussi des morts. Le mort saisit le vif !
Karl Marx  

1.
Le film El pasado nunca se muere, ni siquiera es pasado (Le passé ne meurt jamais, il n’est même pas passé) était un projet initialement prévu pour l’année 2018. Cette année marquait le 50e anniversaire du mouvement de 1968 dont l’héritage a laissé un profond malaise. Le film proposait une réflexion autour de ce contexte, mais il est resté inachevé. 

2.
En 2018, le monde a connu d’étranges moments : Donald Trump était Président des États-Unis. L’Irak et la Syrie devaient faire face à un avenir complexe après la défaite sur leur territoire de l’État Islamique. L’économie chinoise continuait à se développer avant d’engager une période de réforme (nous savons comment elle s’est terminée). Sous la gouvernance de Nicolás Maduro, une escalade des tensions gagnait le Venezuela. Le Brexit approchait et la montée des mouvances d’extrême droite en Occident devenait alarmante. Dix années après la crise économique de 2008, aucune récession sérieuse n’était prévue. Les drones aériens étaient en vente libre et de plus en plus populaires, ainsi que les voitures autonomes et l’intelligence artificielle. Le cancer était toujours une maladie commune et répandue.  

Au Mexique, c’était l’année de l’élection présidentielle. L’année précédente, le taux de violence dans l’histoire récente du pays avait atteint des records : 29 168 meurtres. L’année 2018 ne semblait pas s’engager sur une voie moins brutale. La campagne électorale était accueillie par un grand découragement, l’illégalité dans le pays avait atteint une omniprésence scandaleuse et aucun réel projet de transformation ne semblait se profiler à l’horizon.

3.
En 2018 au Mexique Enrique Peña Nieto, membre du PRI était au pouvoir.  

Six années plus tôt se formait le mouvement #Yosoy132, juste avant que le parti ne gagne une nouvelle fois la  présidence. Les revendications soutenues par ce mouvement mettaient le doigt sur les relations de soutien entre le candidat du PRI, Enrique Peña Nieto et le principal média de communication du pays. #Yosoy132 réclamait alors une transparence plus démocratique de ce média et l’organisation d’un troisième débat entre les candidats à la présidence. Le candidat du PRI était considéré comme l’ennemi à vaincre. 

Nous avons alors pris part à ce mouvement. Il y eut de nombreuses et de grandes manifestations, c’était un moment très fort émotionnellement.

La marche du 10 juin a rassemblé 100 000 personnes. Une organisation citoyenne avait le désir de transformer la réalité, nous pensions que les choses pouvaient changer.  

Finalement le PRI a remporté la présidence et le mouvement s’est dissout. Nous n’avions plus rien d’autre que notre indignation (…). À ce moment, 1968 occupait nos esprits et les mots de Marx ne nous quittaient plus : “l’histoire se répète toujours deux fois, la première comme une tragédie, la seconde comme une farce.”
Lagartijas Tiradas al Sol (mai-octobre 2018) 

Quelques années plus tard en 2018, nous voulions réaliser un film basé sur le postulat suivant : « ce qui peut être incarné, peut donc être pensé et possiblement exister ». Le film devait dresser le portrait de trois personnages qui se préparaient à commettre une série de délits tout en essayant de transformer la manière dont ils envisageaient la politique, l’amour, l’amitié, la valeur et la peur. Le film était un moyen de réfléchir à 1968 par l’usage de la fiction. 

4.
Au Mexique en mai 1968, rien ou quasiment rien ne s’est passé. 

Le Mexique devait accueillir les XIXe Jeux Olympiques en octobre. Le pays connaissait une période de forte croissance pour l’économie et la classe moyenne gagnait en importance. Les agitations et contestations prenaient néanmoins de plus en plus d’ampleur face au manque de liberté et de perspectives pour la démocratie. Le pays n’était pas une île isolée et petit à petit nous recevions les échos et l’influence du Printemps de Prague, du mois de mai à Paris et des manifestations contre la guerre du Vietnam. 

Les derniers jours de juillet, le gouvernement déclencha une série d’actions répressives contre les étudiants, provoquant ainsi une vague de colère qui forma petit à petit le mouvement étudiant. Des grèves eurent lieu en août dans presque tous les lycées, à l’université nationale autonome du Mexique et à l’institut polytechnique national. Les affrontements étaient permanents, l’armée occupait les rues. On institua le conseil national de grève (CNH) qui proposa une pétition en six points afin de mettre un terme à la grève étudiante et aux conflits. Le mouvement était essentiellement constitué d’étudiants et bien qu’il y eut des efforts pour rapprocher leurs revendications avec celles des ouvriers et des paysans, il ne rencontra que peu de succès. Pourtant les revendications du mouvement ne concernaient pas l’éducation mais bien la politique et proposaient des réformes de la Constitution.  

Les rangs des manifestants continuaient de grossir, 100, 200, 300 000 personnes.  

Nous ne sommes pas disposés à prendre des mesures que nous ne souhaitons pas, mais nous les prendrons si nécessaire.
Gustavo Díaz Ordaz (Président du Mexique)

Le 2 octobre, sur la place des Trois Cultures, à Tlatelolco, des milliers de personnes réunies pour un rassemblement sont dispersées violemment. L’armée et le bataillon olympique assiègent la place et attaquent la foule désarmée. On estime qu’entre 300 et 400 personnes ont été tuées cet après-midi, sans compter le nombre indéterminé de celles et ceux qui ont été blessés, arrêtés ou sont disparus.  

Le 12 octobre, les jeux olympiques ont commencé. Lors de la cérémonie d’ouverture, les mots suivants sont apparus sur l’écran géant du stade olympique : « Nous offrons notre amitié aux peuples de la Terre entière. » Dix-mille colombes blanches et quarante-mille ballons ont pris leur envol.  

5.
Le mouvement étudiant de 1968 au Mexique porte la balafre de sa fin : la brutale répression du gouvernement. Le mouvement devint un symbole de pureté et de justesse, l’image du martyr se cristallisa, l’idée devint solide. 

Pour nous en 2018, il était impossible d’imaginer un quelconque programme de transformation sociale qui serait détaché de 1968. C’était la référence absolue, et l’on sait qu’il est difficile de négocier avec des saints. Nous nous interrogions : « comment se confronter à cet héritage ? » 

Aujourd’hui en mai 2048, 30 années plus tard, nous voulons nous souvenir de ce film resté inachevé. Aujourd’hui, 80 années après le mouvement de 1968, nous voulons nous souvenir que le passé n’existe pas ; se souvenir qu’il n’est même pas passé.

Lagartijas Tiradas al Sol, Mai 2048  

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Gabino Rodriguez Lines (Mexico, 1983) est acteur et réalisateur. Il est diplômé d’un master des arts du spectacle de l’Amsterdamse Hogeschool voor de Kunsten (AHK). Il débute sa carrière au cinéma par la collaboration avec de multiples réalisateurs sur plus de trente films longmétrages, et notamment avec Nicolás Pereda, Raya Martin, Gust Van den Berghe et Cary Fukunaga. En 2003, il fonde avec Luisa Pardo le collectif Lagartijas Tiradas al Sol (les lézards qui s’étirent au soleil) avec lequel il réalise des mises en scène et des publications. Le collectif a pris part à de nombreuxe festivals : aux Wiener Festwochen, au Festival d’Automne à Paris, au Kunstenfestivaldesarts, à l’Escena Contemporanea à Madrid, au Festival TransAmériques à Montréal, au Theater Spektakel à Zurich, etc. Le collectif remporte le prix pour la meilleure pièce au National Festival of University Theater en 2003 et en 2005, et participe au National Theatre Show en 2006, 2007, 2012 et 2014. Lagartijas Tiradas al Sol est invité en 2010 au Kunstenfestivaldesarts au sein du programme Residence & Reflection. L’année suivante, il remporte le prix du public au Festival Impatience à Paris et le ZKB Foldpreiss à Zurich. En tant que comédien, Gabino Rodriguez Lines a collaboré avec Jesusa Rodríguez, Daniel Veronese, Martín Acosta et Alberto Villarreal. En 2007 et 2017 il a été nominé dans la catégorie meilleur acteur au prix Ariel. En 2008 il participe au Talent campus au Festival du film à Berlin et est nominé pour le Rolex Mentor and Protégé Arts Initiative pour son travail dans le domaine théâtral. En 2009 il remporte le Prix Janine Bazin au Festival du Film de Belfort et celui de la meilleure performance au Festival de Gramado pour sa performance dans Perpetuum Mobile. En 2011, une section était consacrée à son travail au Festival de film de Toulouse et au Festival Paris Cinéma. En 2014 le Festival du film de Cali organise un événement qui lui est dédié, simplement intitulé : Gabino Rodríguez.

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